Le procès de Gregory F. est assez symbolique si on regarde de plus près quels en sont les protagonistes. L’accusé est un policier qui était au moment des faits membre de la Brigade d’information de la voie publique. Le plaignant, Ian B., est un militant d’extrême-gauche et notamment l’un des fondateurs du collectif contre les violences d’État « Désarmons les ! » dont nous saluons le travail. Son militantisme lui a déjà valu deux fiches S et une assignation à résidence, d’après Libération. Il a également été visé en mars dernier par une interpellation « aux allures d’enlèvement », suivie par une garde à vue et une perquisition par la BAC sans témoin.

Les faits qui ont été jugés cette semaine remontent à novembre 2014 lors d’une manifestation en hommage au militant écologiste Rémi Fraisse, assassiné quelques semaines auparavant par les forces de répression dans le cadre d’affrontements sur la ZAD de Sivens. La justice n’a toujours pas été faite quant à cette affaire que l’État s’efforce d’enterrer : le parquet de Toulouse a délivré un non-lieu pour l’assassin de Rémi Fraisse en janvier 2018.

Lors d’un rassemblement en hommage à Rémi Fraisse en 2014, Ian B. qui prenait simplement des photos du dispositif policier en place, avait été l’objet d’un contrôle d’identité suivi d’un passage à tabac par Gregory F. en présence de ses collègues, qui ne seront bien sûr pas inquiétés. Les preuves vidéos, issues de différentes sources, sont formelles et l’accusé reconnait les faits. Il se justifie cependant en invoquant « une perte de discernement » dans le contexte prétendument « hostile » de la manifestation. Il évoque le danger que représentent les photos de la police prises par les manifestants qui peuvent se retrouver sur internet, même si cet argument n’a pas de sens puisque prendre des photos des policiers et de leurs dispositif est un droit.

Finalement, au vu du contexte et face à un acte qu’ils considèrent comme « isolé » car « commis par quelqu’un qui n’a jamais eu de difficultés professionnelles et qui reconnaît sa responsabilité », le représentant du ministère public requiert trois mois d’emprisonnement avec sursis, et la non-inscription de la peine au casier judiciaire – un traitement judiciaire à deux vitesses quand on voit la répression policière et judiciaire que subit notre classe, celle de la précarité et du militantisme.



Impunité policière et criminalisation du mouvement



La peine de 3 mois de prison avec sursis pour un flic parait aussi exceptionnelle que déconnectée de la réalité subie par Ian B. et plus généralement par celles et ceux qui se mobilisent face à l’injustice et malgré la répression. Cependant, il serait à la fois naïf et contre-productif de croire que la justice bourgeoise et ses prisons puissent permettre la fin des violences policières. Plus que la faiblesse de la peine à laquelle Grégory B. a été condamnée, c’est l’impunité policière en lien avec la criminalisation croissante de notre classe qui nous indigne et que nous voulons dénoncer. Car non, le passage à tabac de Ian B. n’est pas un acte isolé. Dans les quartiers, aux frontières et dans les manifestations, la police réprime et assassine celles et ceux qui résistent et qui défient l’ordre dont elle est le garant.

Ces dernières semaines, outre la répression policière, on a vu se systématiser la répression judiciaire du mouvement des Gilets jaunes. Les condamnations sont toujours plus lourdes et nombreuses. Les interdictions de manifester sont systématiques et les premières condamnations pour dissimulation du visage sont tombées. À Toulouse pour ce motif à titre d’exemple, un étudiant espagnol a été condamné en comparution immédiate à 10 mois de prison avec sursis avec interdiction de participer à une manifestation dans l’agglomération pendant 2 ans et obligation de verser 1100 euros de dommages et intérêts, aux 3 policiers qui se sont portés parties civiles.

Dans son réquisitoire, le procureur rappelle que le procès de Grégory F. « n’est pas [celui] de l’institution de police, ni des violences policières, mais d’un policier ». Pourtant, lorsqu’un Gilet jaune est condamné à de la prison ferme pour avoir renvoyé dans une nasse un palet de gaz lacrymogène vers la police dans le but premier de ne pas s’étouffer, il semble que le procès est fait au mouvement et pas à un individu. Et c’est bien en tant que mouvement qu’il s’agit de s’opposer à la police comme institution, bras armé de l’État au service de la bourgeoisie.

Comme on peut lire dans le texte d’intention du collectif « Désarmons-les ! » dont fait partir Ian B. : « Aujourd’hui et depuis la naissance du capitalisme d’Etat, la Police constitue plus que jamais le rempart entre les aspirations du peuple [nous préférons ici la notion de classe ouvrière] et les intérêts de la bourgeoisie. Avec la décolonisation et les crises cycliques du capitalisme, le mythe d’une Police en faveur de la paix sociale ne tient plus : la Police montre son vrai visage, celui d’une force brute au service du Pouvoir de celles et ceux qui ont l’argent. ».

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