Les populations de vertébrés ont chuté de 2% par an en moyenne depuis 1970, constate le dernier Rapport Planète Vivante du WWF. En 2010, la baisse par rapport à 1970 était de 52%.

Entre 1970 et 2012, le nombre de mammifères, oiseaux, poissons, amphibiens et reptiles peuplant la Terre a diminué de plus de la moitié. Et la baisse, continue, ne montre aucun signe de ralentissement. Le Fonds mondial pour la nature (World Wildlife Fund, WWF) s’en alarme dans son dernier Rapport Planète Vivante, publié internationalement jeudi 27 octobre.

L’Indice Planète Vivante (IPV) mis en avant par l’ONG tous les deux ans pour mesurer l’état écologique de la planète, calculé par la Société zoologique de Londres à partir des données collectées sur 14.152 populations appartenant à 3.706 espèces, fait notamment état d’une chute de 58% des vertébrés en 42 ans, au rythme annuel moyen de 2%. Le rapport constatait une chute de 52% entre 1970 et 2010. Si cette tendance persiste, la baisse pourrait atteindre 67% en 2020: année au cours de laquelle doivent être réalisées les premières actions environnementales inscrites dans l’Accord de Paris et dans les nouveaux objectifs de développement durable (ODD) adoptés en 2015 par les Nations Unies. Le WWF souligne que, selon les études récentes, il est pertinent de parler de « sixième extinction de masse »: un événement demandant normalement des centaines de milliers d’années et qui pour la première fois se produit à l’échelle de la vie humaine.

Les populations d’eau douce en baisse de 81%

Les populations les plus touchées sont celles d’eau douce: la baisse moyenne de l’effectif constatée entre 1970 et 2012 a été de 81%, soit 3,9% par an. Or, 10% des espèces connues sur le globe vivent dans ce milieu, qui ne couvre pourtant que 0,8% de la surface terrestre. Les populations d’espèces terrestres ont pour leur part décliné de 38%, et celles marines de 36%. « Et il n’y a pas de raisons d’imaginer que les invertébrés, qui se trouvent au début de la chaîne alimentaire, soient moins impactés, bien au contraire », souligne Arnaud Gauffier, responsable agriculture et alimentation au WWF France.

Quant aux menaces que subissent les populations en déclin, la plus fréquente est la perte et la dégradation de leur habitat, en raison de l’urbanisation, des pratiques de déforestation et de la désertification. « Tant que nous le voyons comme un espace vide, il y aura toujours une bonne raison pour détruire un habitat », souligne Pascal Canfin, directeur général du WWF France. Suit la surexploitation (surpêche, chasse, braconnage etc.), principale cause notamment de la baisse des effectifs des espèces marines. La pollution, le changement climatique, mais aussi la prolifération d’espèces invasives sont aussi des causes de déclin, directes comme indirectes.

Parmi les premiers facteurs de dégradation des habitats et de surexploitation des espèces, de pollution et d’érosion des sols, figure notre système alimentaire, souligne le WWF, qui y consacre cette année un regard particulier. A elle seule, l’agriculture occupe en effet un tiers de la surface terrestre totale, cause 80% de la déforestation mondiale et consomme 70% de l’eau disponible sur Terre. La biodiversité en prend un énorme coup: 75% de l’offre alimentaire mondiale est produite à partir seulement de douze plantes et cinq espèces animales. La transition implique d’agir sur deux leviers: une optimisation de la production, mais aussi une diminution de la consommation, notamment de produits d’origine animale, puisque 70% des céréales produites dans le monde sont destinées à l’élevage. « On peut diminuer les émissions de gaz à effet de serre de 25% sans devenir végétarien », estime Arnaud Gauffier.

Une nouvelle époque géologique

Si l’IPV se concentre sur la faune vertébrée, le caractère insoutenable de la pression humaine sur la planète est par ailleurs confirmé par une autre donnée, rappelle le WWF: l’empreinte écologique,  publiée annuellement par le Global Footprint Network. En 2016, l’ensemble des ressources renouvelables de la Terre avait été consommé le 8 août, ce qui signifie qu’il nous faudrait désormais 1,6  planète pour répondre à nos besoins de consommation sans épuiser les ressources. En 55 ans, cette empreinte écologique globale n’a d’ailleurs fait que croître: les quelques rares épisodes de réduction ne dépendent que des grandes crises économiques, et ont été rapidement suivis par une tendance haussière.

Les conséquences de cet impact sont désormais aussi globales que dangereuses et inconnues, souligne l’ONG.  Alors que jusqu’à présent la pression sur l’environnement se manifestait surtout sous forme de détériorations locales, nous aurions désormais dépassé quatre (intégrité de la biosphère, perturbation des flux biogéochimiques, changement climatique et modification des écosystèmes terrestres) des neufs limites de la résilience naturelle planétaire -qui comprennent aussi l’acidification des océans, l’utilisation insoutenable de l’eau douce, l’altération des aérosols atmosphériques, la pollution par des substances nouvelles et la réduction de l’ozone stratosphérique. On serait même entré dans une nouvelle époque géologique, l’Anthropocène, marquée par les effets (déchets plastiques, grandes métropoles etc.) de l’action d’une seule espèce, l’Homo sapiens… qui ne sait pourtant pas encore en prédire ni contenir les effets.

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