Sur les images diffusées sur YouTube et Instagram, on voit des adolescents hilares applaudir. Ils sont debout sur les marches du mémorial de Lincoln à Washington (Etats-Unis), vendredi 18 janvier. Ils encerclent un homme, que le quotidien Indian Country Today (en anglais) a identifié comme Nathan Phillips, 64 ans, vétéran améridien de la guerre du Vietnam. Celui-ci chante et joue du tambour. Ces jeunes portent des casquettes rouges avec l’inscription “Make America Great Again” (“Rendre sa grandeur à l’Amérique”), le slogan de Donald Trump pendant sa campagne présidentielle en 2016. L’un des adolescents s’avance et fixe Nathan Phillips dans les yeux, l’air goguenard.

D’après l’agence Associated Press, ces jeunes Américains viennent d’une école privée catholique du Kentucky. L’établissement avait envoyé ses élèves à la “Marche pour la vie”, manifestation anti-avortement organisée chaque année autour du 20 janvier. Nathan Philipps, lui, était à Washington pour participer à la “Marche des peuples autochtones”. Il organise annuellement une cérémonie dédiée à la mémoire des anciens combattants autochtones qui reposent au cimetière national d’Arlington. Dans la scène filmée vendredi, Nathan Philipps chante l’hymne de l’AIM (American Indian Movement), précise Indian Country Today.

“Démonstration de haine”

“J’étais en train de chanter quand je les ai entendus scander : ‘Construis ce mur, construis ce mur'”, a ensuite déclaré Nathan Phillips, dans une vidéo publiée sur Instagram. “Ce sont des terres autochtones. Nous ne sommes pas censés avoir de murs ici. Nous ne l’avons jamais fait”, a-t-il ajouté.
Il a confié au Washington Post (en anglais) que, tout en jouant du tambour, il pensait à sa femme, Shoshana, morte d’un cancer de la mœlle osseuse il y a près de quatre ans, et aux menaces auxquelles les communautés autochtones du monde font face.

De nombreuses réactions ont ensuite afflué sur Twitter, de politiques américains mais aussi d’actrices comme Alyssa Milano. La réprésentante (équivalent de députée) Deb Haaland, l’une des premières femmes amérindiennes récemment élues au Congrès américain, s’est dit consternée par la scène. “Cette démonstration de haine, d’irrespect et d’intolérance est un signe du déclin de la décence durant ce mandat. Ça fend le cœur”, a-t-elle déclaré.

Des excuses de l’école et du diocèse catholique

Dans une déclaration commune, le diocèse catholique de Covington et l’école secondaire catholique de Covington ont présenté leurs excuses à Nathan Phillips. “Nous présentons nos plus sincères excuses à M. Phillips. Ce comportement est opposé aux enseignements de l’Eglise sur la dignité et le respect de la personne humaine”, lit-on dans la déclaration mise en ligne samedi sur son site internet (en anglais).

Les responsables ont déclaré qu’une enquête était en cours. Ils ont annoncé que des “mesures appropriées, pouvant aller jusqu’à l’expulsion” pourraient être prises.

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