Le 18 et 19 mai prochain, les États membres de l’UE sont appelés à statuer sur le renouvellement de l’autorisation de la commercialisation du glyphosate pour les dix prochaines années. Ironie du sort, un test urinaire réalisé sur les députés qui voteront cette règlementation révèle qu’ils transportent en eux, comme la plupart des citoyens européens, des traces significatives de glyphosate, en quantité particulièrement élevée…

Le glyphosate n’a pas fini de faire couler l’encre ni de couler dans nos veines. Soupçonné depuis plusieurs années d’être cancérogène, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), organe de l’OMS, avait placé le principe actif (présent notamment dans le fameux herbicide RoundUp) en mars 2015 dans la catégorie des cancérogènes probables. Suite à cette annonce choc, de grands discours furent prononcés par certaines figures politiques sans qu’aucune décision contraignante ne soit réellement prise. Le glyphosate est donc resté le premier herbicide chimique à être utilisé dans les campagnes européennes sans que personne ne s’en indigne davantage.

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Coup de théâtre en novembre 2015 quand l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) va s’opposer de front à l’Organisation Mondiale de la santé (OMS) en déclarant le glyphosate « non cancérigène » sur base d’une lecture des données relativement controversée. Selon ses détracteurs, la méthodologie utilisée par l’EFSA (accusée d’entretenir des conflits d’intérêts avec des industriels tels que Monsanto ou Coca-cola) serait déconnectée du monde réel. L’institution a en effet décidé d’analyser le glyphosate au niveau moléculaire là où l’OMS réalise des tests en présence des adjuvants nécessaires pour constituer l’herbicide.

Depuis, le débat s’est tassé dans les médias alors qu’une date fatidique approche. Les eurodéputés s’apprêtent en effet à voter favorablement ou non sur une nouvelle autorisation de commercialisation de dix années de la fameuse molécule controversée. Une décision qui impactera inévitablement la vie de millions de personnes. En effet, uniquement en France, 200.000 agriculteurs et 3 millions de jardiniers l’utilisent chaque année. En 2013, les Amis de la Terre ont démontré la présence de glyphosate dans l’organisme de 44% des personnes testées. Une situation qui semble aller en s’aggravant. En mars dernier, une étude allemande, réalisée par la Fondation Heinrich Böll, révélait des traces de glyphosate dans 99,6 % de l’urine des Allemands. Chez 75 % de ces personnes, le taux de glyphosate présent était bien trop élevé, jusqu’à cinq fois le maximum légal accepté dans l’eau.

Des eurodéputés piégés par d’autres eurodéputés

C’est une opération osée que viennent de mener plusieurs eurodéputés, pour la plupart belges, dans l’objectif de conscientiser leurs collègues sur l’omniprésence du glyphosate dans nos organismes et l’environnement : tester l’urine de 48 députés du Parlement européen, de tous sexes et tous partis confondus. L’opération coup de poing va dépasser toutes les « espérances ». Les résultats révèlent, en effet, que le taux de glyphosate moyen présent dans les urines des eurodéputés est 17 fois plus élevé que la normale !

Selon ces relevés, la moyenne du taux de glyphosate dans l’urine des députés européens est de 1,7 microgrammes/litre. Problème, la norme européenne de sécurité est de 0,1 microgrammes/litre d’eau potable. « Tous les participants avaient du glyphosate dans les urines, et ce, dans des proportions élevées », exprime le laboratoire Biocheck de Leipzig, qui a effectué les tests. Dans certains cas, le taux est 35 fois supérieur au seuil limite. Au regard des doutes émis par l’OMS sur le caractère cancérogène du produit, l’information a de quoi refroidir les élus qui sont sur le point, selon toutes vraisemblances, d’autoriser la commercialisation pour une nouvelle décennie.

À ce jour, peu importe l’âge, le sexe, le pays d’origine, ou le régime alimentaire, les études démontrent que tous les citoyens de l’UE sont exposés au glyphosate dans différentes proportions. Il est pratiquement impossible d’y échapper. « Combattre le glyphosate c’est lutter pour la sécurité alimentaire. Convaincre les gouvernements qui nient les différents rapports, dont celui de l’OMS, attestant de la dangerosité de cet herbicide est une véritable croisade » exprime l’eurodéputé belge Marc Tarabella qui fait partie des opposants au glyphosate. Reste une question en suspens. Ces eurodéputés vont-ils encore céder aux pressions des lobbies de l’agroalimentaire ou considérer le principe de précaution au regard des millions d’individus dont la santé sera inévitablement impactée par cette décision.


Sources : euractiv.fr

 

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