Professeur en biologie à l’université de Fès, Adnane Remmal a reçu le prix de l’inventeur 2017 de l’Office européen des brevets. Il est parvenu à « redynamiser » des antibiotiques rendus inopérants par la résistance bactérienne grâce… aux huiles essentielles. Il vise, à terme, à les remplacer par ces extraits de plantes. Portrait.

Adnane Remmal est le premier ressortissant du continent africain à être nominé, et a fortiori primé, par l’Office européen des brevets. Le chercheur marocain vient de  recevoir le prix du public de l’Inventeur 2017. Son invention, un médicament à base d’huiles essentielles qui règle le problème de la résistance grandissante des bactéries aux antibiotiques, va sans doute révolutionner la façon dont on se soigne dans le monde entier. Genèse d’une innovation majeure.

« En 1987, j’étais un jeune chercheur en PhD au centre d’Orsay à Paris. À la fin de mes études, mon tuteur insistait lourdement pour que je reste travailler avec lui, raconte Adnane Remmal. Il me disait qu’il connaissait le ministre de l’intérieur de l’époque, qu’obtenir un visa serait une formalité. Mais je m’étais engagé envers moi-même à revenir au Maroc faire bénéficier mon pays de mes nouvelles compétences. Donc je suis rentré ».

S’il était resté, il n’aurait jamais entamé son travail sur la bactériologie. En France, le jeune chercheur s’était en effet spécialisé dans l’hypertension artérielle, objet de sa thèse. Mais lorsqu’il rentre au Maroc, les laboratoires de recherche lui disent n’avoir pas besoin de chercheur sur cette thématique. Pour eux, les Marocains qui souffrent d’hypertension artérielle ont surtout besoin de prévention pour comprendre quels comportements génèrent ces symptômes. En revanche, ce dont le pays a vraiment besoin, lui explique-t-on, c’est de lutter contre les infections. Des chirurgiens dépités lui racontent qu’ils réalisent des prouesses chirurgicales au bloc, pour finalement perdre leur patient d’une infection nosocomiale contre laquelle les antibiotiques sont devenus inopérants.
Adnane Remmal repense à Pasteur, à Flemming, au phénomène de résistance des bactéries qui inquiète de plus en plus l’Organisation mondiale de la . Alors il se met à la biologie. Première question: comment combattre cette résistance bactérienne? En remplaçant les antibiotiques, se dit le chercheur. Par quoi? Les huiles essentielles bien sûr. Un raisonnement logique au Maroc où, « lorsqu’on est malade, avant de se rendre à la pharmacie ou chez le docteur, on essaie d’abord les huiles essentielles », explique Fadoua Misk, journaliste marocaine.

Adnane Remmal rencontre un autre chercheur, spécialiste des huiles essentielles, et un chimiste, que le sujet intéresse lui aussi. Ensemble, ils étudient de près ces essences pour en identifier les « principes actifs », c’est-à-dire la molécule qui fait le travail. Ensuite, ils s’intéressent à comment agissent ces molécules. Ils se rendent compte qu’ »un antibiotique fonctionne comme une clé qui ouvre une serrure. Si la bactérie mute, la serrure a changé, la clé ne sert plus à rien », décrit le chercheur. D’un autre côté, les principes actifs des huiles essentielles, eux, sont « comme un gros marteau qui casse la porte ». En « dopant » l’antibiotique aux huiles essentielles, Remmal a inventé une clef qui ne se contente pas d’ouvrir la porte, mais qui la démolit. Une nouvelle molécule qui a un maximum d’effet avec un minimum de dose, et aucun effet secondaire, se félicite le chercheur.

Après plus de 10 ans de recherche, le laboratoire pharmaceutique marocain Sothema a accepté d’investir pour transformer le principe actif découvert par Remmal en médicament. Sa technologie est brevetée, les essais cliniques sont lancés. Ils touchent désormais à leur fin et devraient permettre la commercialisation du médicament au plus tard début 2018. Il deviendra le premier médicament 100% marocain.

Entre temps, le chercheur est devenu une sommité dans son pays, et a porté le Maroc à la pointe de la recherche biologique. « J’ai semé une graine qui est devenue un grand arbre qui fait des fruits. J’ai supervisé 26 thésards en tout, et 12 étudiants vont soutenir la leur cette année. Il y a beaucoup de volontaires, des jeunes de tout le pays qui me contactent pour venir travailler avec moi », s’enthousiasme Adnane Remmal. Professeur de biologie à l’université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, il bichonne ces jeunes: « Ce sont eux qui ont les idées. Je leur répéte de ne surtout pas s’autocensurer: les meilleures idées sont à chercher dans les idées folles ».

Des étudiants qui lui apportent bien plus que des idées. « Certains de mes thésards travaillent pour les big pharmas. Ils m’ont rapporté que j’étais sous microscope, très surveillé par les grands labos ». À plusieurs reprises, ils ont tenté de lui racheter son brevet, mais le chercheur a refusé. Ils ont même essayé de le faire par moyen détourné: en lui proposant un contrat de financement de ses recherches, dont une clause prévoyait l’hypothèque de son brevet. Là encore, le chercheur a décliné.

Ces laboratoires ont du souci à se faire. Aujourd’hui, le médicament d’Adnane Remmal combine huiles essentielles et antibiotiques. Mais demain, avec l’avancée de ses recherches, les principes actifs d’huiles essentielles pourraient tout simplement remplacer ces médicaments traditionnels, qui rapportent encore des sommes folles à l’.

Sources : bfmbusiness.bfmtv

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