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L’accès à l’eau potable est un droit humain, alors pourquoi la Palestine est-elle une exception ?

L’accès libre à l’eau potable est un droit humain fondamental. Il ne s’agit pas seulement d’une affirmation de bon sens, mais aussi d’un engagement juridique contraignant, inscrit dans le droit international.

En novembre 2002, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l’ONU a adopté l’ « Observation générale n° 15 » concernant le droit à l’eau :

« Le droit à l’eau est indispensable pour mener une vie digne. Il est une condition préalable à la réalisation des autres droits de l’homme. » (Article 11)

Le débat sur l’eau en tant que droit de l’homme a culminé des années plus tard avec la résolution64/292 de l’Assemblée générale des Nations Unies du 28 juillet 2010. Explicitement, elle « Reconnaît que le droit à l’eau potable, propre et salubre et à l’assainissement est un droit fondamental, essentiel à la pleine jouissance de la vie et à l’exercice de tous les droits de l’homme. »

C’est tout à fait logique. Il n’y a pas de vie sans eau. Cependant, comme tous les autres droits de l’homme, il semble que les Palestiniens se voient refuser ce droit également.

Il y a une crise de l’eau qui affecte le monde entier, et elle est plus prononcée au Moyen-Orient. Les sécheresses liées au changement climatique, les précipitations imprévisibles, l’absence de planification centralisée, les conflits militaires et bien d’autres facteurs ont entraîné une insécurité sans précédent en matière d’eau.

La situation est toutefois encore plus compliquée en Palestine, où la crise de l’eau est directement liée au contexte politique plus général de l’occupation israélienne : apartheid, colonies juives illégales, siège et guerre. Si l’aspect militaire de l’occupation israélienne a fait l’objet à juste titre de beaucoup d’attention, les politiques coloniales de l’État en matière d’eau en reçoivent beaucoup moins, mais elles constituent un problème urgent et critique.

En effet, la maîtrise totale de l’eau a été l’une des premières politiques adoptées par Israël après la mise en place du régime militaire suite à l’occupation de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza en juin 1967. Les politiques discriminatoires d’Israël – l’utilisation et l’abus qu’il fait des ressources en eau palestiniennes – peuvent être qualifiées d’ « apartheid de l’eau ».

La consommation excessive d’eau par Israël, l’utilisation erratique des barrages et le déni du droit des Palestiniens à leur propre eau ou le creusement de nouveaux puits ont tous eu des conséquences environnementales considérables et peut-être irréversibles. Ils ont fondamentalement modifié tout l’écosystème aquatique.

En Cisjordanie, Israël utilise l’eau pour cimenter la dépendance palestinienne actuelle vis-à-vis de l’occupation. Il utilise une forme cruelle de dépendance économique pour maintenir les Palestiniens dans un état de sujétion et de subordination. Ce modèle est soutenu par le biais du contrôle des frontières, des postes de contrôle militaires, de la perception des taxes, des fermetures, des couvre-feux militaires et du refus d’accorder des permis de construire. La dépendance à l’égard de l’eau est un élément central de cette stratégie.

L’ »Accord intérimaire sur la Cisjordanie et la Bande de Gaza », connu sous le nom d’Accord d’Oslo II, signé à Taba (Égypte) en septembre 1995, a cristallisé l’injustice d’Oslo I, signé en septembre 1993. Plus de 71 % de l’eau de l’aquifère palestinien ont été mis à la disposition d’Israël, et seulement 17 % ont été alloués à l’usage palestinien.

Plus épouvantable encore, le nouvel accord introduisait un mécanisme qui obligeait les Palestiniens à acheter à Israël leur propre eau, ce qui consolidait encore davantage la relation client-propriétaire entre l’Autorité palestinienne et l’État occupant.

La compagnie des eaux israélienne Mekorot, entité publique propriété à 100% de l’état, abuse de ses privilèges pour récompenser et punir les Palestiniens comme bon lui semble. Au cours de l’été 2016, par exemple, des communautés palestiniennes entières en Cisjordanie occupée se sont retrouvées sans eau parce que l’Autorité palestinienne n’avait pas payé à Israël des sommes considérables pour racheter l’eau prélevée sur les ressources naturelles palestiniennes.

Déconcertant, n’est-ce pas ? Et pourtant, nombreux sont ceux qui se demandent encore pourquoi Oslo n’a pas réussi à instaurer cette « paix » tant convoitée.

Regardez les chiffres pour apprécier à sa juste valeur cet apartheid de l’eau : Les Palestiniens de Cisjordanie utilisent environ 72 litres d’eau par personne et par jour, contre 240-300 litres pour les Israéliens. La responsabilité politique d’une répartition aussi inégale des ressources en eau disponibles peut être attribuée à la fois à la cruelle occupation israélienne et à la vision à court terme des dirigeants palestiniens.

La situation à Gaza est pire encore. Le territoire sera officiellement « inhabitable » d’ici 2020, selon un rapport de l’ONU. C’est l’année prochaine. La principale raison de cette tragique prédiction est la crise de l’eau à Gaza.

Selon une étude menée par l’organisation caritative internationale Oxfam, « moins de quatre pour cent de l’eau douce [à Gaza] est potable et la mer environnante est polluée par les eaux usées ». Les chercheurs d’Oxfam ont conclu que l’augmentation spectaculaire des problèmes rénaux dans la Bande de Gaza est dangereusement liée à la pollution de l’eau. Les crises de l’eau et de l’assainissement à Gaza s’aggravent tandis que les fermetures fréquentes de la seule centrale électrique de l’enclave qui fonctionne éliminent tout espoir de remède.

La RAND Corporation dont le siège est aux États-Unis a trouvé qu’un quart de toutes les maladies dans la Bande de Gaza assiégée sont transmises par l’eau. Les estimations de la RAND ne sont pas moins tragiques. Elle signale que, selon les normes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 97% de l’eaude Gaza est impropre à la consommation humaine. En termes de souffrance humaine, cette réalité ne peut être qualifiée que d’effroyable.

Les hôpitaux de la Bande de Gaza tentent de lutter contre l’épidémie massive de maladies causées par l’eau insalubre alors qu’ils sont sous-équipés, victimes de coupures d’électricité et ne disposent pas eux-mêmes d’eau potable. « L’eau est souvent indisponible à Al-Shifa, le plus grand hôpital de Gaza « , poursuit le rapport de la RAND. « Même lorsqu’elle est disponible, les médecins et les infirmier.e.s sont incapables de se stériliser les mains pour pratiquer des interventions chirurgicales à cause de la qualité de l’eau. »

Selon Circle of Blue, plateforme de médias environnementaux, sur les 2 millions d’habitants de Gaza, seuls 10% ont accès à de l’eau potable.

« Mes enfants tombent malades à cause de l’eau « , a déclaré à Circle of Blue, Madlain Al-Najjar, mère de six enfants vivant dans la Bande de Gaza, « Ils souffrent de vomissements et de diarrhées. Souvent, je peux dire que l’eau n’est pas propre, mais nous n’avons pas d’autre choix. »

L’hebdomadaire britannique l’Independent a rendu compte de l’histoire de Noha Sais, 27 ans, mère de cinq enfants, qui vit à Gaza. « Au cours de l’été 2017, tous les enfants de Noha tombèrent soudainement malades, pris de vomissements incontrôlables et furent bientôt hospitalisés. Les eaux sales de la méditerranée qui borde Gaza les avaient empoisonnés.

« Le plus jeune, Mohamed, gamin de cinq ans d’habitude en bonne santé et turbulent, a contracté de la mer un virus inconnu, qui a pris possession de son corps et de son cerveau. Trois jours après la sortie, il est tombé dans le coma. Une semaine plus tard, il était mort.

Noha a déclaré au journal que,

« Les médecins ont dit que l’infection était causée un germe provenant de l’eau de mer polluée, mais ils n’ont pas pu déterminer exactement ce que c’était. Ils m’ont juste dit que même si mon fils se remettait, il ne serait plus jamais le même – ce serait un légume. »

De nombreux cas similaires sont signalés dans tout Gaza, et il n’y a pas de fin en vue. La politique de l’eau d’Israël s’inscrit dans le cadre d’une guerre beaucoup plus vaste contre le peuple palestinien, destinée à renforcer son contrôle colonial.

A en juger par les éléments de preuve, les sionistes n’ont pas « fait fleurir le désert », comme le prétend la propagande israélienne. Depuis son implantation sur les ruines de plus de cinq cents villes et villages palestiniens détruits entre 1947 et 48, Israël a fait exactement le contraire.

« La Palestine comporte un vaste potentiel de colonisation que les Arabes n’ont pas besoin d’exploiter ni ne sont qualifiés pour le faire « , écrivait en 1937 à son fils Amos, David Ben Gourion, l’un des pères fondateurs et premier Premier ministre d’Israël. Cependant, Israël sioniste n’a pas seulement « exploité » ce « potentiel de colonisation » ; il a également soumis la Palestine historique à une campagne de destruction cruelle et implacable qui n’a pas encore cessé.

Il est probable que cela continuera tant que le sionisme prévaudra en Israël et en Palestine occupée ; c’est une idéologie d’exploitation, hégémonique et raciste. Si l’accès à l’eau potable est effectivement un droit humain, pourquoi le monde permet-il à Israël de faire de la Palestine et de son peuple une exception ?

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