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Le cardinal George Pell condamné mais le jugement reste secret : que veut-on cacher ?

Focus sur l’affaire Pell, et sur les zones restées dans l’ombre. Parce que dans cette affaire qui voit enfin condamner le n°3 du Vatican, il est question de violences sexuelles contre des mineurs mais on n’en sait pas plus car la justice impose le secret. Par ailleurs, une victime déclare que Pell était impliqué avec d’autres prêtres australiens dans un culte satanique qui violait et tuait des enfants.

En Australie, une commission d’enquête sur les abus sexuels commis sur des mineurs par l’Eglise entre 1950 et 2010 a conclu récemment que 7% des curés avaient fait l’objet d’au moins une accusation de pédophilie [1]… Et ce n’est probablement qu’un début.

Omerta judiciaire

Début 2018, la « saga Pell » a commencé dans les médias. Il faut que dire que Pell, ex archevêque de Melbourne et Sidney, cardinal depuis 2003 et secrétaire d’Etat à l’économie depuis 2013, était le n°3 dans la hiérarchie du Vatican. Et que plusieurs affaires d’abus sexuels non prescrites étaient parvenues jusqu’aux tribunaux.

On apprenait donc que Pell allait devoir répondre d’accusations floues d’ « agressions sexuelles » et que « Le tribunal de Melbourne a écarté plusieurs autres chefs d’accusation de même nature ». Ledit prélat niait et décidait de plaider non coupable, tout en démissionnant du Vatican[2] pour rentrer en Australie se défendre.

Son avocat avait alors déclaré avec beaucoup de tact que les accusations portées contre Pell étaient « le fruit de problèmes mentaux, de fantasmes ou sont de l’invention pure, dans le but de punir le représentant de l’Eglise catholique dans ce pays pour n’avoir pas empêché les agressions pédophiles commises par d’autres. Le cardinal Pell a été perçu comme le visage de cette responsabilité« .

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Il a été jugé une première fois en juillet et septembre 2018 mais le jury a bloqué sans tomber d’accord sur une condamnation. Un nouveau procès a donc été organisé en novembre. Le tout avec un « suppressing order » qui interdit aux médias d’évoquer l’affaire et la procédure ! [3]

Pell a donc été reconnu coupable en février 2019, la sanction restant à ce jour secrète, de même que le délibéré, et il a fallu deux mois pour savoir qu’il avait été jugé coupable. Si sanction il y a, elle ne doit pas être bien lourde puisque les faits reprochés restent limités : « un chef d’agressions sexuelles et de quatre chefs d’attentat à la pudeur contre deux enfants de chœur alors âgés de 12 et 13 ans, des faits commis dans la sacristie de la cathédrale Saint-Patrick-de-Melbourne dans les années 1990« , selon Le Parisien. Selon le Guardian, il s’agit plutôt de fellations imposées à deux enfants de chœur après la messe en 1996, et d’actes de masturbation sur les mêmes victimes (dont l’une est morte en 2014 d’une overdose d’héroïne).

C’est en tout cas, à ce jour, le plus haut curé à être condamné en justice, même s’il a fait appel et s’il était défendu par un avocat à 50.000$ la journée qui a sorti diverses attestations médicales et des amis de Pell, comme Graig Craven le président de l’Université Catholique d’Australie ou son collègue Portelli qui a déclaré qu’il était toujours avec Pell après la messe…

Une autre procédure, qui avait été étouffée dans le passé, est également en cours contre Pell, à propos de viols de garçons commis dans les années 70 à la piscine d’une école catholique.

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Pour en arriver à ce procès de 2018-2019, certes entouré d’étranges injonctions au silence, il a fallu une grande persévérance aux victimes.

Quand un de ses copains, le prêtre pédophile (65 victimes sur plusieurs dizaines d’années[4]) Gerard Ridsdale, a comparu au tribunal en 1993, Pell l’a accompagné devant toutes les caméras présentes, peut-être pour tenter de réduire sa sentence.

C’est seulement en 2013 que la police de l’Etat de Victoria se décide à mettre en place une cellule d’enquête sur les faits reprochés à Pell.

Depuis quelques années déjà, Pell était dans la ligne de mire pour avoir couvert divers cas de violences sexuelles commises par des curés. Pell « avait été entendu à plusieurs reprises par la commission d’enquête au sujet des prêtres pédophiles du diocèse de Ballarat dans les années 1970 et 1980. Il présenta ses excuses au nom de l’Eglise mais assura n’avoir aucun souvenir de plaintes reçues pour des crimes commis par des membres de l’église« , explique Le Figaro du 26 février 2019.

Les abus rituels

Kevin O'Donnell

Fiona Barnett, cette australienne qui dénonce le réseau pédophile dont elle a été victime durant son enfance, explique sur son blog que « la commission royale fédérale sur les abus contre les enfants a reçu de nombreux récits sur les crimes lucifériens de George Pell contre les enfants (…) Mais cela aussi a été étouffé par le gouvernement australien ». Et de préciser qu’elle entend le terme « rituel« , dans le même sens « que le Premier ministre australien dans ses excuses aux nombreuses victimes mineures d’abus sexuels organisés« .

En 2004, une victime d’abus rituels, James Shanahan, a écrit à Pell pour dire qu’il avait, enfant, été obligé d’assister au meurtre rituel d’une fillette de 5 ans sur un autel, par des prêtres. Il demandait réparations, et Pell les a lui a accordées, entendant par là-même que les faits dénoncés par Shanahan étaient a priori réels.

Shanahan s’est vu proposer 33.000$ puis 50.000$ contre la promesse de n’entamer aucune poursuite.

James Shanahan a donc témoigné auprès de la commission d’enquête. Il a expliqué que pour lui, les abus ont commencé en 1961 à 11 ans, quand il assistait le prêtre pendant les messes, à Sandringham.  Ce curé lui donnait des cours particuliers d’ « éducation sexuelle ». Il a aussi raconté avoir été violé lors de cérémonies, notamment par des prêtres, et avoir été obligé d’assister à trois meurtres : une fillette, un ado et un jeune garçon, tous fortement drogués. C’est le curé Thomas O’Keefe qui l’aurait embarqué dans ce culte, dans lequel la victime a également identifié un autre curé, Kevin O’Donnell.

Les faits ont eu lieu entre 1961 et 1964, a déclaré Shanahan, qui a contacté la police à ce sujet pour la première fois en 1998, sans que cela n’entraîne la moindre enquête.

Shanahan explique qu’il a été victime de nombreux traumatismes physiques et psychologiques, de simulacres de meurtre, puis d’électrochocs, de chocs acoustiques pendant qu’O’Donnell lui criait dans une oreille « des choses sans aucun sens comme ‘Dieu est le démon, Satan est bon’, ‘le bon est le démon et le démon est bon’« , écrit-il. Il était forcé à ne plus ressentir les électrochocs, sinon il était puni. « Tout cela était conçu pour dépasser ma confiance dans mes propres sens et pour accepter ce que ces prêtres disaient être la réalité« , précise-t-il.

Bongiorno

Une autre fois, O’Donnell lui a demandé de choisir qui pouvait avoir la vie sauve, entre un bébé et un garçon de 6 ou 8 ans qu’il ne connaissait pas. S’il ne choisissait pas l’un ou l’autre, les deux allaient être tués. « Le garçon me regardait avec la terreur dans les yeux et j’ai donc choisi le bébé. Instantanément, sembla-t-il, O’Donnell lui coupa la gorge. Il a placé ses doigts dans la plaie, puis a inséré ses doigts imbibés de sang dans ma bouche en disant: «Tu l’as tuée». Le corps du bébé a ensuite été coupé comme vous le feriez avec un poulet. Une jambe a été poussée dans mon visage et on m’a dit de la manger« .

Là encore, si les faits décrits semblent relever de la pure fiction, ou de la folie, rappelons que l’Eglise l’a indemnisé suite à ce témoignage et que Pell ainsi que le chef de la commission de l’église ont admis qu’il disait la vérité. Et ce qu’il dit n’est pas du tout exceptionnel quand on a entendu 10 ou 20 témoignages de victimes de groupuscules satanistes, lucifériens et consorts. O’Keefe était présent lors de cette « cérémonie ».

La femme dont il était amoureux a aussi été massacrée sous ses yeux, probablement, selon lui, pour bien lui montrer que l’amour tue, et associer ce sentiment aux choses les plus négatives.

Il dit avoir vu O’Donnell commettre quatre meurtres au total et dans lesquels il a joué un rôle d’une manière ou d’une autre. Apparemment, O’Donnell aimait bien boire le sang frais de ses victimes. Une autre fois, c’est lui qui a dû tuer une adolescente avec un couteau, alors qu’O’Donnell lui tenait les mains.

O’Keefe et un autre curé, le père Bongiorno, ont aussi été reliés à l’affaire du meurtre de Maria James, la mère d’une victime[5]. Avant d’être tuée en juin 1980, celle-ci avait l’intention de parler avec Bongiorno qui avait abusé de son fils, et qui a été vu un peu plus tard par un témoin, couvert de sang, à proximité du lieu du crime. En 2015, Bongiorno a été entendu comme suspect mais son ADN n’aurait pas correspondu avec celui retrouvé sur la scène du crime et il a présenté un faux alibi[6]. L’affaire a à nouveau été rouverte en novembre 2018. O’Keefe aussi agressé le fils de Maria James et les deux fils le soupçonnent fortement d’avoir commis le meurtre, qui a été particulièrement sadique L’enquête, quant à elle, a été bâclée.

Dès les années 70, O’Keefe (mort en 1984) avait été impliqué comme d’autres curés de Melbourne à la même époque dans des affaires d’abus sexuels sur mineurs.

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O’Donnell, lui, a obtenu en 1995 le titre de plus vieux détenu de l’Etat de Victoria, après avoir admis les agressions de deux garçons et deux filles ente 1942 et 1992. Il avait été condamné pour les violences sexuelles commises contre 10 garçons et deux filles dont certains n’avaient que 5 ans, et a failli passer une nouvelle fois au tribunal en 2010 pour les viols de deux sœurs dans les années 80 et 90, dont l’une s’est suicidée. Jusqu’au bout, O’Donnell a eu le soutien de son supérieur, George Pell.

En 2015, lors d’une nouvelle vague de révélations d’abus sexuels commis par des membres de l’Eglise d’Australie, trois églises de Melbourne, dont Ste Mary et la Dandenong church qui était dirigée par O’Donnell de 1958 à 1986, ont pris feu la même nuit. Ces trois églises étaient justement pointées du doigt pour avoir été « le lieu durant des dizaines d’années de terribles abus sexuels infligés à de nombreux enfants par des prêtres pédophiles connus », lisait-on alors dans New.com.

Au moins cinq hommes et femmes victimes de Ronald Pickering, un curé qui officiait dans l’une de ces églises, se sont suicidés et parfois la cérémonie a eu lieu dans cette même église. Il est mort en 2009 sans avoir été condamné mais l’Eglise a admis les abus.

Pell était alors le supérieur de tout ce petit monde et certaines familles de victimes lui demandent des comptes pour cela aussi.

Pourquoi tous ces satanistes dans l’Eglise catholique ?

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Au fil des témoignages que j’ai pu entendre ou lire, il apparait clairement que les « religieux  » sont très présents dans les sectes de type sataniste, et ils président même parfois les séances, même lorsqu’il y a des viols d’enfants et des meurtres.

Il n’est pas rare que des prêtres ou autres gradés cathos soient présents dans ces sectes, et ils commettent exactement les mêmes actes que les autres. L’Eglise n’est probablement pas plus vérolée que les milieux politiques et économiques dès qu’on grimpe un peu en niveau de pouvoir. Fiona Barnett mentionne aussi des prêtres présents lors des « cérémonies » auxquelles elle a subi des viols collectifs et assisté à une dizaine de meurtres d’enfants, le tout de manière plus ou moins ritualisée.

James Shanahan explique : « Mais comment garder ce système de mensonges et d’exploitation en fonctionnement génération après génération? À travers l’utilisation de sociétés secrètes de la même manière que les empereurs romains utilisaient le culte de Mithra. Les sociétés secrètes sont des complots contre le public. Les membres au pouvoir (souvent des psychopathes) sponsorisent d’autres membres dans des positions de pouvoir et de privilège qui, à leur tour, sont redevables à leurs sponsors et sont donc contrôlables.

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Pour éviter toute évasion de cet esclavage, les activités illégales et immorales sont encouragées, ce qui compromet davantage l’individu et garantit le respect des règles face à la menace d’exposition et l’approbation du public. Les implications les plus efficaces sont la pédophilie et enfin les meurtres rituels. C’est le point de non-retour. Ainsi, les personnes les plus puissantes et les plus perverses de notre société sont inévitablement les mêmes et contrôlent totalement notre société quand et où cela compte« . Cela résume ce que l’on m’a déjà expliqué et ce que je comprends aujourd’hui du système dans lequel nous vivons.

En effet, les réseaux pédocriminels, tout comme les sectes ou loges satanistes, ne sont un but en soi que pour quelques illuminés. En réalité, ce sont des moyens extrêmement efficaces qui permettent de coopter puis de corrompre, de donner encore plus de pouvoir et de corrompre encore plus.

Ces dernières années, plusieurs curés du Vatican ont dénoncé l’existence de satanistes au cœur des structures catholiques. Evidemment, les médias mainstream les font passer des illuminés, comme le prêtre exorciste du Vatican Gabriel Amorth qui verrait l’antéchrist partout. Celui-ci avait dénoncé en 2010, il est vrai, l’existence de cultes sataniques ou lucifériens au Vatican, dont les membres pouvaient occuper tous les grades de la hiérarchie, jusqu’aux cardinaux.

Danneels, qui est cardinal en Belgique et membre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, directement issue de l’Inquisition, pour faire appliquer une certaine vision de la foi et l’organisation de l’Eglise, est apparu dans les méandres du dossier Dutroux. Un député qui avait entre les mains une cassette du meurtre de deux des fillettes enlevées est venu le voir, choqué, et Danneels n’avait rien trouvé de mieux à lui demander que « Suis-je également dessus ? » (sur la cassette).

Bref. Il ne serait pas surprenant que l’affaire Pell soit la brindille qui cache la forêt vierge. Il est évident que l’on n’a soulevé qu’un petit morceau du tapis, et que même si « on » n’est pas du tout pressé de regarder tout ce qu’il y a dessous, d’autres témoignages et d’autres affaires viendront, et pas seulement pour parler d’abus isolés.

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