Dans un rapport paru ce 30 novembre, Amnesty International expose l’utilisation par des grandes marques de l’agro-alimentaire d’une huile de palme « dont la production est entachée de scandaleuses atteintes aux droits humains en Indonésie ». Le consommateur doit en être informé pour réorienter ses choix.

Colgate-Palmolive, Reckitt Benckiser, Nestlé, ADM, Elevance, AFAMSA, Kellogg’s, Unilever et Procter & Gamble,voici la liste noire des neufs multinationales pointées du doigt dans le dernier rapport d’Amnesty International. En cause, celles-ci se fourniraient en huile de palmes auprès de sous-traitants qui portent atteinte de manière grave et répétée aux droits de leurs ouvriers. Exploitations, travail des enfants, conditions de travail inhumaines. Voici une petite liste de ce que l’ONG a pu observer à l’occasion de la rédaction de son nouveau rapport.

Entre conditions de travail intenables et mensonges

Les faits qu’Amnesty International révèle ne sont pas des cas isolés. L’enquête de l’ONG suggère plutôt des pratiques « généralisées », le tout en toute impunité et sans aucune réaction de la part des multinationales qui en profitent. Ainsi l’ONG révèle que les conditions de travail dans certaines entreprises qui fournissent les multinationales concernées en huile de palme sont tout juste abominables : situation précaire des salariés qui ne bénéficient pas de droits sociaux et n’obtiennent qu’un salaire ridicule pour leur travail, exploitation de jeunes enfants (8 ans pour les plus jeunes d’entre eux) dans des conditions dangereuses, absence d’une protection des ouvriers contre les produits chimiques dangereux avec lesquels ils entrent en contact, ou fixation d’objectifs quotidiens trop élevés, le prix réelle d’une barre de chocolat est bien plus élevé que sur l’étiquette…

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Rainforest Action Network / Flickr

Ces révélations viennent contredire les déclarations de principe de la part des multinationales concernées. En effet, depuis quelques années, l’utilisation de l’huile de palme est massivement remise en question pour des questions d’atteintes aux droits humains et à l’environnement. En réaction, le secteur de l’agro-alimentaire a progressivement annoncé se tourner vers « de l’huile de palme durable » dans leurs campagnes de communication. Cependant, selon le rapport, la réalité est bien différente : « Les grands groupes comme Colgate, Nestlé et Unilever assurent aux consommateurs et consommatrices que leurs produits emploient de l’“huile de palme durable”, mais nos conclusions révèlent que ce n’est absolument pas le cas, », peut-on ainsi lire dans le rapport. Sans surprise, il existe donc un gouffre entre les discours sympathiques des sociétés et la réalité de terrain.

huile-de-palme-1Rainforest Action Network / Flickr

Complicité et absence de transparence

Pour Amnesty International, les groupes mentionnés ferment volontairement les yeux sur les pratiques de certains sous traitant avec qui ils collaborent : « Des entreprises ferment les yeux sur l’exploitation de travailleurs dans leur chaîne d’approvisionnement. Bien qu’elles aient promis à leur clientèle qu’il n’y aurait plus d’exploitation dans leurs chaînes d’approvisionnement en huile de palme, les grandes marques continuent de tirer profit de terribles atteintes aux droits humains » peut-on ainsi apprendre dans le rapport. Ajoutons que ce n’est pas la première fois que des géants de l’agro-alimentaire sont concernés par ce type de polémique. Ainsi, Nestlé a fait l’objet de critiques en raison de sa collaboration avec des entreprises qui profitent de l’exploitation de jeunes enfants.

Selon l’auteur du rapport, ces constats plaident non seulement pour un changement de politique de la part des multinationales concernées mais également pour une plus grande transparence en ce qui concerne la composition des produits : « Les consommateurs et consommatrices voudront savoir quels produits sont liés à des atteintes aux droits humains et lesquels ne le sont pas. » Pourtant, les grandes marques n’ont pas voulu indiquer quels étaient les produits dans lesquels se trouvaient de l’huile de palme en provenance des exploitations dénoncées pour leurs mauvaises pratiques.

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