Village Canadiana, un magnifique ensemble d’un peu plus de 40 bâtiments situés à 60 kilomètres de Montréal, vient d’être mis aux enchères. Le destin de cet endroit, qui a été le témoin du 19ème siècle et de ses mœurs, rappelle aussi de manière symbolique comment l’urbanisation galopante transforme progressivement notre société et nos paysages.

« Village à vendre » annonce le site Soreby’s avant de donner de plus amples précisions sur le bien en question. Le descriptif a tout pour intriguer. Ainsi, les bâtiments du village sont décrits comme étant typiques de « westerns », dans un style du « 19è siècle ». Les photographies ne mentent pas : on s’y croirait presque. Plongeons dans un autre espace-temps.

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Avenir incertain

Dans les années 1970, le village recevait la visite de 30.000 personnes par an, attirées par des rues dans lesquelles il semble que le temps se soit figé : les forges, l’épicerie générale, l’église blanche, ou encore le moulin à eau marquent par leur authenticité. Les quelques 45 maisons et bâtiments du Village Canadiana, situées à proximité de la ville de Rawdon, n’ont pas beaucoup changé depuis le 19ème siècle. Et pourtant, depuis des décennies, plus personne n’habite de manière prolongée en cet endroit qui jusqu’à peu était essentiellement destiné à des fins commerciales, pour du tourisme et le tournage de films.

Dernièrement, la série « Le Pays d’en haut » y a d’ailleurs été tournée. Mais ce n’est pas tout puisqu’au total plus de 110 tournages y ont eu lieu durant son histoire. C’est notamment le cas de I’m not there, un film biographique sur Bob Dylan. Faute de revenus suffisants pour continuer à l’entretenir, le lieu est aujourd’hui à vendre en l’état. Le bien de 55 hectares a été mis en vente sur internet pour la somme de 2,8 millions de dollars, soit moins de 70 000 euros par habitation. Cependant, à ce jour, il n’existe aucune certitude quant à l’avenir du village, à son utilisation futur ainsi qu’aux potentiels investisseurs. En tout état de cause, il pourra être à nouveau utilisé à des fins commerciales ou touristiques, précise l’annonce en ligne. On peut tout aussi imaginer un collectif souhaitant vivre en marge s’y installer et redonner vie à la localité.

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Symbole figé de l’exode rurale

Le village Canadiana, c’est finalement l’histoire banale et pourtant très symbolique de l’exode rurale qui sévit partout à travers le monde, un phénomène qui n’a cessé depuis le début de l’industrialisation. Aujourd’hui, au niveau mondial, plus de la moitié de la population se trouve dans des villes. L’autre moitié se partage donc les vastes étendues du reste du monde. Selon les experts, d’ici 2050, ce chiffre s’élèvera à 66%. Cette évolution, que l’on peut observer dans les pays du monde entier, est le résultat de mutations économiques, techniques et sociologiques. Avec la révolution industrielle, il fut soudainement possible de produire beaucoup dans les campagnes avec moins de main d’œuvre. En parallèle, les villes industrialisées réclamaient de la main d’œuvre docile vivant à proximité.

Ce phénomène, qui se reproduit toujours dans les pays en cours d’industrialisation, génère une concentration démographique importante et un abandon des campagnes par les populations pauvres qui se concentre dans les villes à la recherche d’un travail. Un aubaine pour les multinationales et détenteurs de capitaux qui sont à la fois propriétaires des champs (par l’accaparement des terres) et des industries dans lesquelles affluent cette main d’œuvre bon marché. Les gouvernements viennent généralement à fermer les yeux par profit ou au nom de la croissance économique que le phénomène génère. Cet exode rural, à l’opposé de la résilience locale, a pour conséquence autant de nouveaux défis pour lesquels on peine déjà à trouver des solutions à l’occident. Car les grandes métropoles concentrent une population si importante qu’inévitablement se posent des questions de place, de pollution, d’emploi ou encore d’hygiène, de sécurité, voire d’indépendance alimentaire en cas de choc pétrolier.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’exode rurale est encore d’actualité même en Europe. En France, les petites communes se dévitalisent, voient disparaître leurs commerces, puis leurs habitants. En se perpétuant, ce processus provoque de nouvelles difficultés. L’urbanisation et l’étalement des villes, c’est également l’artificialisation galopante des sols, avec tous les problèmes que cela comporte : augmentation des risques d’inondations, érosion, de désastres divers… Selon les chiffres du Ministère de l’environnement datant de 2011, en France, ce sont tous les ans 600 km2 qui sont artificialisés : l’équivalent d’un Département français tous les 10 ans. Malgré toutes les difficultés que cela engendre, le phénomène continue à prendre de l’ampleur même si nombre de citoyens aspirent aujourd’hui à retourner vivre à la campagne, d’une manière la plus indépendante possible.

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