Pour le philosophe, le « grand débat national » n’est pas une politique délibérative, un examen des choses pour une prise de décision, c’est une sorte de portrait de la société, ça correspond aux cahiers de doléances de la Révolution. Ce que révèlent les premiers résultats, encore très incertains, c’est que ce portrait est très fragmenté. Or le président représente par définition l’intérêt général, il doit trancher, alors qu’il y a toute une série de thèmes, très importants pour la Nation, qui n’apparaissent pas dans le débat, comme l’endettement et la situation du budget. Je ne sais pas comment on va passer de la multitude de réponses à la décision. Je pense que le pari qu’il a fait au départ, c’est que le débat allait le conforter dans les réformes qu’il comptait faire.

Aux yeux de Pierre-Henri Tavoillot, « Macron est clair sur tout, sauf sur ses priorités… C’est le « en même temps » qui fait problème, l’articulation entre un certain nombre de contraintes. Par exemple, sur les questions de changement institutionnel, je partage le diagnostic du président qui consiste à dire que le vrai problème de la démocratie française, ce n’est pas la crise de la représentation, mais l’impuissance publique. Dans démocratie, il y a demos – peuple, et kratos – pouvoir. On dit qu’il faut plus de demos. Je pense qu’il faut plus de kratos – plus de pouvoir, il faut plus d’efficacité, sans sombrer dans la dérive de ce que l’on appelle les démocraties illibérales.  »

L’essayiste pense que « nous, citoyens, apprenions à râler un peu moins, et à obéir un peu plus. Il faut avoir l’audace d’obéir. Nous vivons dans un abus de contre-pouvoirs. On a longtemps pensé que le pouvoir était dangereux et qu’il y avait des abus de pouvoir. Il me semble aujourd’hui que nous sommes dans une situation d’abus de contre-pouvoirs. La citoyenneté, c’est le fait de pouvoir vivre avec les autres. Or, vivre avec les autres, cela veut dire à moment donné réfréner son ego. Obéir, ça ne veut pas dire se soumettre, étymologiquement ça veut dire prêter l’oreille. La citoyenneté c’est avant tout de l’obéissance. L’insoumission, la désobéissance civile c’est très sympathique, mais ça nous empêche de vivre ensemble. »

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