[Vidéos] Oui, Obama et Clinton ont créé l’EI. Dommage que Trump ne sache pas expliquer comment

C’est un fait historique que les États-Unis et l’Arabie Saoudite ont créé, il y a presque quatre décennies, le réseau djihadiste international dont Al-Quaïda et l’Etat islamique (EI) sont des émanations.

Donald Trump a fait marche arrière suite à son affirmation que le Président Obama et Hillary Clinton sont « les fondateurs » de l’Etat islamique (EI), ou en sont « les personnages les plus valeureux » pour l’EI. « Évidemment, je suis sarcastique, » a déclaré Trump – ajoutant ensuite « mais pas tant sarcastique que cela pour être honnête avec vous. »

Trump ne peut pas préciser ou saisir entièrement la vérité terrifiante de sa déclaration parce que cela exigerait beaucoup plus une mise en accusation plus approfondie et étayée de la politique impériale étatsunienne dans le monde musulman remontant à 1979, quand Zbigniew Brzezinski a convaincu le Président Jimmy Carter de lâcher « les chiens djihadistes » en Afghanistan.

Comme l’a exposé dans son mémoire « De l’Ombre » (« From the Shadow »), Brzezinski a conseillé à Carter d’aider la résistance musulmane de droite face au gouvernement gauchiste et laïc en Afghanistan pour « inciter une intervention militaire soviétique » et impliquer ainsi l’URSS dans un bourbier semblable à celui du Viêt-Nam. Brzezinski a vu les prétendus Mujahadeen comme les fantassins potentiels de la politique mondiale étatsunienne. « Qu’est-ce qui est le plus important pour l’histoire du monde ? Les Talibans ou l’écroulement de l’empire soviétique ? Certains ont provoqué les Musulmans ou la libération de l’Europe centrale et la fin de la guerre froide ? » a demandé Brzezinski des décennies plus tard, sur un plan rhétorique.

Ayant agi conformément au conseil de Brzezinski, le Président Carter peut précisément être décrit comme « le créateur » d’Al-Quaïda, avec son camarade « le plus de valeureux » Ronald Reagan, dont la C.I.A. a établi un partenariat avec l’Arabie Saoudite pour dépenser des milliards pour impliqer les Musulmans dans le monde entier dans la guerre d’Afghanistan. Ensemble, les États-Unis et les Saoudiens ont donné naissance au mouvement djihadiste islamique international – un phénomène qui n’avait pas précédemment existé dans l’histoire mondiale. Les djihadistes vont devenir une arme essentielle dans l’arsenal impérial étatsunien, une arme horrible au service de l’organisation de changements de régime au sein du monde musulman qui a aussi été doublement utilisée pour assurer la domination mondiale des Etatsuniens, maintenant que les méchants soviétiques ont été défaits.

« En 2011, Obama a lancé la mère de toutes les guerres par procuration (Proxy Wars). »

Brzezinski est devenu le gourou de la politique étrangère de Barack Obama, avec des conséquences prévisibles pour la politique étatsunienne au Moyen-Orient, mais qui ont été en grande partie ignorées par des libéraux et des prétendus progressistes dans l’euphorie du départ de George W. Bush.

Clairement, le public étatsunien ne tolérerait pas un autre épisode d’intervention massive et directe des troupes U.S dans la région; ce n’était donc plus une option. Mais quelle force, alors, était disponible pour exécuter l’agenda inachevé de Washington pour la conquête de cette partie du monde ? En 2011, Obama [Sarkozy l’a entraîné dans la guerre, Ndlr] a lancé la mère de toutes les guerres par procuration, d’abord contre le gouvernement de Muammar Kadhafi en Libye, mobilisant alors vite la totalité du réseau djihadiste international qui avait été créé sous Carter et Reagan presque 30 ans auparavant. Washington et ses partenaires de l’OTAN (France, Grande-Bretagne, NdT) partenaires dans l’agression de la Libye, en lien étroit avec l’Arabie Saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis, ont transformé la Syrie en chaudron de mort, investissant des milliards de dollars dans des armes livrées à des centaines de miliciens mercenaires salafistes, avec leur filiale régionale d’Al-Quaïda : Al-Nosra. C’était l’idée d’Obama, celle d’une guerre « intelligente » : une offensive de terreur frénétique masquée par des mensonges et une mystification.

La politique étrangère criminelle poursuivie par Obama et la secrétaire d’État Hillary Clinton est enracinée dans la même vision arrogante du monde soutenue par Brzezinski quand il a raillé ceux qui se sont tourmentés par le risque de représailles qui pourrait résulter du déploiement de « certains Musulmans extrêmistes » comme fantassins de l’impérialisme US. Comme les États-Unis et ses alliés ont littéralement rivalisé pour inonder la Syrie avec des armes, des fonds, des ressources d’intelligence et une couverture diplomatique et médiatique pour renverser le gouvernement de Damas, ils ont collectivement créé la base matérielle et l’espace politique des djihadistes leur permettant de poursuivre leurs propres objectifs idéologiques. L’Etat islamique est apparu, à ce moment pour établir un califat à part en Syrie et en Irak. Ceci pourtant grandement prévisible.

« C’était l’idée d’Obama, celle d’une guerre ‘intelligente’ : une offensive de terreur frénétique masquée par les mensonges et la mystification. »
Retour en juillet 2014, nous avons décrit à Black Agenda Report l’ascension de l’EI en signalant « l‘écroulement final de la stratégie impériale étatsunienne dans le monde musulman – notamment, dans les régions arabes de l’Islam. » nous avons écrit :

« Pensez-y comme une déclaration d’indépendance salafiste … des monarchies arabes et des services de renseignements occidentaux qui ont élevé et nourri le réseau djihadiste international pendant presque deux générations. Le Califat menace, non seulement ses adversaires immédiats dans les gouvernements dominés par les Chiites de Syrie et d’Irak, mais les potentats des Émirats arabes, du Qatar, du Koweït et la mère de toute la corruption monarchiste dans le centre sunnite arabe, la famille royale saoudienne. La menace est à prendre au sens propre contre « tous les Émirats, les groupes, les Etats et les organisations qui ne reconnaissent pas l’EI dans sa nouvelle forme en tant qu’incarnation de l’Islam en guerre. »

L’EI n’existait pas quand le Président Obama est entré en fonction et a placé Hillary Clinton à la tête du ministère des Affaires étrangères. Leur changement de régime en Libye et le pivot massif, terroriste en Syrie « a créé » l’EI. Et insistons sur ce point de l’histoire : les États-Unis n’ont pas rejeté le culte mortel djihadiste qui est devenu l’EI; en fait l’EI a plutôt divorcé avec les alliés des États-Unis et leurs alliés des monarchies du Golfe. Pourtant, il a fallu attendre l’intervention russe en Syrie en septembre de l’année dernière pour pousser Washington à effectuer plus que des assauts aériens symboliques contre l’EI. Apparemment, les États-Unis veulent éviter de tuer trop de combattants de l’EI, dans l’espoir que beaucoup d’entre eux rejoindront les djihadistes quand cela devient trop dangereux pour eux. (Al-Nosra a changé son nom et a renié son affiliation à Al Quaïda – avec la bénédiction du leadership d’Al Quaïda au Pakistan – afin de mieux s’harmoniser avec les autres panoplies djihadistes occidentales.)

 » Les services de renseignement militaire étatsuniens ont clairement prédit l’arrivée imminente de l’Etat islamique (EI) »

Vous n’avez pas besoin de prendre au pied de la lettre les mots de Donald Trump, qu’Obama et Clinton ont été « les personnages les plus valeureux  » pour l’EI. Le service de renseignement de la Défense militaire des États-Unis (DIA) est parvenu presqu’à la même conclusion, en 2012. Un rapport militaire, déclassifié l’année dernière, a montré que le DIA avait averti que « les pays occidentaux, du Golfe et la Turquie qui soutiennent l’opposition [syrienne] » croit à « la possibilité d’établir une principauté salafiste déclarée ou non déclarée en Syrie orientale (Hasaka et Der Zor) et c’est exactement ce que les pouvoirs de soutien à l’opposition veulent, pour isoler le régime syrien. »

« ... la détérioration de la situation a des conséquences sinistres sur la situation irakienne qui sont les suivantes :

« Cela a créé la situation idéale pour AI-Quaïda [en Irak], qui est devenu l’EI pour retourner à ses vieilles bases à Mosul et Ramadi et fournir un élan renouvelé sous la présomption d’unifier le jihad parmi les Sunnites d’Irak et de Syrie et le reste des Sunnites dans le monde arabe contre ce qu’ils considèrent comme leur ennemi, les dissidents [les Musulmans chiites]. L’EI pourrait aussi déclarer un État Islamique par son union avec d’autres organisations terroristes en Irak et en Syrie, qui créera un danger grave quant à l’unité de l’Irak et la protection de son territoire. »

Ainsi, une année après qu’Obama et ses amis européens et arabes ont abattu Kadhafi en Libye et ont changé de guerre par procuration pour favoriser un changement de régime en Syrie, l’intelligence militaire étatsunienne a perçu clairement l’ascension imminente de l’EI – en signifiant que « c’est exactement » ce que « l’Occident, les pays de Golfe et la Turquie … veulent, pour isoler le régime syrien. »

Oui, Obama a créé l’EI, avec l’aide enthousiaste d’Hillary Clinton et il soutient toujours le groupe Al-Nosra, ancienne filiale d’Al-Quaïda enfantée par Jimmy Carter et Zbigniew Brzezinski. Dans les années suivantes, les djihadistes sont devenus indispensables à la politique impériale étatsunienne, mais particulièrement depuis la défaite de George W Bush en Irak, qui a mécontenté le public étatsunien sur ces guerres « muettes » – ce qui signifie pour Obama, des guerres dans lesquelles un grand nombre d’Etatsunien meurt. Les guerres par procuration sont idéales – « intelligentes » parce que seulement des Arabes et des Africains et les peuples – dont les Etatsuniens n’ont jamais entendu parler – meurent. La Libye n’était pas même une guerre, selon Obama, puisqu’aucun personnel étatsunien n’a péri.

« Les djihadistes sont devenus indispensables à la politique impériale étatsunienne. »

La réalité des rapports entre l’EI et l’administration Obama est si évidente que même Donald Trump a une idée brumeuse de ce qui est arrivé en Syrie et en Libye. Cependant, ce milliardaire nationaliste arrogant est incapable de faire la connexion Obama/Clinton/EI en la plaçant dans son contexte historique lié à la politique impériale étatsunienne. Tristement, la plupart des « libéraux » et beaucoup trop « de progressistes » (incluant des afro-étatsuniens) sont affectés par la même maladie que Trump : un chauvinisme impérialiste extrême – qui est pratiquement inséparable du suprematisme blanc. Le chauvinisme impérialiste extrême permet aux Etatsuniens d’envoyer à la Maison Blanche des gens qui devraient, au lieu de cela, être envoyés à la potence ou devant un peloton d’exécution (après un procès, bien sûr). Il permet aux Etatsuniens qui prétendent « avoir été laissés de côté » de reculer avec horreur devant Donald Trump (qui n’a tué personne à ce que nous sachons et qui dit qu’il ne s’engagera pas dans les changements de régime en tant que président), pourtant ils voteront pour une femme dont la carrière est marquée par le sang de centaines de milliers de personnes au Moyen-Orient et au nord de l’Afrique et dont le mari a soutenu un génocide qui a tué six millions de personnes en République démocratique du Congo.

Un candidat, Trump, ressemble le plus au dernier gouverneur de l’Alabama, George Wallace, qui envisage des aménagements de la politique étrangère. L’autre, Clinton, est une maniaque des génocides, dont les crimes en tant que Présidente pourraient atteindre une échelle hitlérienne.

Ce qui est beaucoup plus effrayant que Clinton ou Trump, c’est que les Etatsuniens semblent n’avoir aucune aversion viscérale des génocides (des peuples de couleur). Mais, à moins que vous ne soyez concerné, le génocide (des populations du « Sud », NdT) n’est pas même une question qui est abordé lors des élections présidentielles.

Yes, Obama and Clinton Created ISIS – Too Bad Trump Can’t Explain How It Happened

It is an historical fact that the U.S. and Saudi Arabia created the international jihadist network from which al Qaida and ISIS sprang, almost four decades ago.

By Glen Ford

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