Yann Barthès

Bien entendu, avec des pincettes et moulte précautions. Le reportage diffusé ce 2 janvier 2017 a pourtant clairement évoqué l’illégalité des colonies israéliennes !

L’année commence fort sur le plateau de Yann Barthès. L’enfant terrible de la profession, lethug qu’on ne présente plus, le mec qui pèse et qui critique avec virulence toutes les injustices a-t-il été trop loin ? Toujours est-il que son envoyé spécial en Israël, Martin Weill, a obtenu l’autorisation de se rendre dans les colonies israéliennes situées en Cisjordanie occupée, y compris dans les colonies les plus radicalisées…

Et une fois sur place, le disciple de Yann pose toutes les questions qui fâchent : 

  • Selon les Nations-Unies, selon le droit international, tout cela est illégal. Que répondez-vous ?
  • Vous comprenez que les Palestiniens pensent que vous occupez leur terre ?
  • Vous voulez vous battre physiquement pour rester ici, dans la colonie ?
  • Combien de personnes vivent ici ?
  • C’est pour des raisons religieuses que vous avez tous décidé de venir vivre ici, d’occuper cet endroit ?
  • Tu n’as pas peur qu’il n’y ait jamais la paix entre vous et les Palestiniens ?
  • Que penses-tu du fait que les États-Unis et l’administration Obama ont pour la première fois dit qu’ils étaient contre la colonisation ?

Les colons sont KO debout. Malgré cette grave estocade qui mériterait un détour par la CPI, les pieux colons répondent de manière pacifique.

Dans l’ordre :

  • La résolution des Nations-Unies n’a pas été examinée de manière légale. C’est une décision politique ! Il n’y a pas eu d’arguments légaux ; il n’y a pas eu de bataille juridique […] En tant qu’avocat, je peux vous affirmer que c’est agaçant de voir des gens comme John Kerry et le conseil des Nations-Unies élaborer des résolutions sans connaître les faits.
  • Oui ! Et alors ? Je n’ai pas de problème avec le fait d’être un conquérant ! Les Américains ont conquis le territoire indien, non ?
  • Nous nous battrons avec tous les moyens qu’il faudra ! Et physiquement s’il le faut ! […] Les origines de notre combat, elles sont spirituelles. Notre droit à cette terre, c’est pas nous qui l’avons inventé ! C’est le Créateur qui en a décidé ainsi !
  • 8. On est 8.
  • Oui ! Parce qu’il est écrit dans la Bible qu’il faut occuper la terre d’Israël. Et c’est important que nous montrions à tous les arabes que nous sommes ici chez nous ! Qu’Israël est notre terre et que nous y resterons !
  • Ah, mais moi, mon but, ce n’est pas qu’il y ait la paix avec les Palestiniens ! Je veux qu’ils partent d’ici ! Israël, c’est notre pays, pas le leur ! Le seul moyen qu’il y ait la paix, c’est qu’ils dégagent ! Et qu’ils nous laissent tranquilles ici.
  • Je ne sais pas ce qu’il lui prend, à Obama ; je pense qu’il veut que les arabes l’aiment. Je le déteste pour ça ! Donald Trump, au moins, lui, nous soutient ! Il est pour notre pays !

Le tout en montrant joyeusement un enfant jouer avec une fausse grenade en plastique, sans pour autant que le journaliste ne relève ce petit détail. Circonstance atténuante donc, pour Martin Weill.

Plus tard, un adolescent nous montre sa magnifique bibliothèque remplie uniquement de livres religieux, dont la Kabbale et le Talmud. Martin Weill, l’œil et l’oreille aiguisés, évite une fois de plus de relever une quelconque forme de radicalisation, ce qui est tout à son honneur.

D’ailleurs, quelques heures auparavant, il interrogeait Mokht… Moshé, porteur d’une barbe tout à fait street-cred qui lui permettrait de jouer les figurants dans un court-métrage pour dénoncer la radicalisation djihadiste dans les milieux takfiristes chers à Laurent Fabius. Il n’a pas non plus relevé ce léger détail.

Martin Weill est un mec bien ! En fait, ce reportage n’est pas vraiment antisémite, en fin de compte ! Il présente sous son meilleur jour les aspirations légitimes d’un peuple modérément laïc qui vit dans la seule démocratie du Moyen-Orient.

Toute autre interprétation de ce reportage est tout à fait inacceptable et non recevable d’un point de vue purement éthique.

Ce reportage montre aussi que les colons sont conscients d’être une force d’occupation, ce qui contredit la récente trouvaille de la hasbara qui consiste à qualifier l’Occupation de « territoires disputés ». Ce qui leur permet de tracer un parallèle assez malhonnête avec les autres territoires disputés de par le monde et donc de se présenter comme une communauté stigmatisée. Habile. Mais non, personne n’y croit.

Le reportage montre également que cette colonisation est bel et bien un obstacle pour la paix, contrairement à ce que tentent d’affirmer les représentants sionistes sur tous les plateaux télé depuis le vote de la résolution de l’ONU. D’ailleurs, sur base de ce reportage dans plusieurs colonies (ce qui leur confère un caractère valablement représentatif), on perçoit clairement que la paix n’est ni souhaitée, ni souhaitable pour les occupants. Ceci corrobore les récits de militants israéliens engagés pour la paix, notamment Break The Silence, qui regroupe entre autres d’anciens soldats de l’armée israélienne.

Enfin, ce reportage a le don de mettre en lumière un fait assez cocasse : Yann Barthès, clairement déçu de la victoire de Trump comme la majorité des médias de masse, reste perplexe. Une partie des Israéliens semble attendre beaucoup du prochain président étasunien, qui entrera en fonction le 20 janvier 2017.

Ce dernier a affirmé à plusieurs reprises son soutien total à Israël. Du coup, certains Israéliens voient ce soutien d’un bon œil. D’autres en revanche craignent que ce soutien contribue à isoler davantage encore Israël. La culpabilité par association, sans doute… C’est comme si Poutine se mettait soudainement à soutenir la cause LGBT. Niveau marketing, on a vu mieux, et c’est peu crédible. Surtout lorsque l’on se remémore que la candidature de Trump a été fortement soutenue par le Klu Klux Klan.

Vu que les médias de masse ont massivement diabolisé Trump, recevoir son soutien, c’est un peu une épée à double tranchant. D’ailleurs, on sent bien que Yann Barthès a le cul entre deux chaises…

Du coup, présenter Israël comme une démocratie et un État respectueux du droit international, etc… c’est compliqué !

En réalité, la situation est plus complexe, bien entendu. Trump restera un politicien incontournable de par sa fonction, et sa politique sera théoriquement pro-israélienne, ce à quoi bien peu de gens oseront s’opposer. Du coup, d’un point de vue factuel, la situation ne risque pas de s’améliorer pour la Palestine. Par contre, d’un point de vue médiatique et global, Israël est plus que jamais isolé.

Une victoire à la Pyrrhus ?

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