in

Coronavirus : la Belgique, deuxième pays comptant le plus de morts par habitants derrière l’Espagne

Si l’on prend en compte le nombre de morts par million d’habitants, la Belgique est pour l’heure le deuxième pays le plus frappé au monde par la pandémie de coronavirus. Un constat qui alarme le sociologue belge Geoffrey Pleyers.

Les batailles de chiffres sur le bilan réel du Covid-19 n’alimentent pas le débat public qu’en France. Dans un long texte publié dans le journal Le Soir le 14 avril, le sociologue belge Geoffrey Pleyers s’alarme du ratio décès/habitants en Belgique, qui est, avec 359 décès par million d’habitants, le deuxième plus élevé au monde (si l’on exclut Andorre, qui ne compte que 77 000 habitants). En date du 14 avril, la Belgique se situe ainsi derrière l’Espagne (386 morts par million d’habitants) et devant l’Italie (348 morts par million d’habitants). Si les méthodes de comptage des morts du Covid-19 peuvent différer d’un pays à l’autre et limiter la valeur de la comparaison, ce constat interpelle néanmoins le sociologue, dans un pays où l’épidémie a fait au moins 4 157 morts.

Celui-ci s’émeut par ailleurs du nombre de décès élevé parmi les personnes âgées pensionnaires d’établissements spécialisés, longtemps passé sous les radars dans le royaume. «Les chiffres ont tardé, mais ils sont aujourd’hui sans équivoque : 43 % des décès (soit 1 687 personnes au 13 avril) liés au coronavirus ne se produisent pas dans les hôpitaux mais dans les maisons de repos et de soin», explique le chercheur de l’Université catholique de Louvain. Le lourd bilan dans ces établissements pourrait s’expliquer selon le professeur par le fait que les autorités se sont focalisées sur les hôpitaux et les soins intensifs, dédaignant les mesures de sécurité pour le personnel des maisons de repos.

«On refuse aujourd’hui encore des masques aux personnels des maisons de repos sous prétexte qu’un cas n’a pas encore été identifié dans leur établissement», pointe-t-il du doigt dans son texte. Le syndicat chrétien ACV (Flandres) a en effet dénoncé le 13 avril le fait que le personnel des maisons de repos n’ait pas reçu l’obligation de porter des masques de protection alors que «des institutions disposent de matériel en suffisance».

Geoffrey Pleyers énonce dans son texte «un constat indéniable» : «l’accès aux soins de santé pour tous a été nié à une partie de la population, invisible car enfermée dans des maisons de repos». Et l’universitaire de conclure que la «société belge a décidé que les vies de ces aînés confinés comptaient bien moins que celles des « actifs », voire qu’elles ne comptaient pas».

Le chercheur rappelle toutefois qu’en Belgique, «les décès dont les médecins soupçonnent qu’ils sont liés au Covid-19 sont comptabilisés même si les personnes n’ont pas été testées», ce qui pousse à prendre la comparaison avec prudence.

«Il n’empêche, si des chiffres plus précis nous diront probablement que d’autres pays comptent proportionnellement davantage de décès liés au coronavirus qu’ils ne l’affirment aujourd’hui, la Belgique reste dans le peloton de tête des pays les plus durement touchés à la mi-avril», ajoute-t-il. En France, le nombre de décès dus au Covid-19 en Ehpad et établissements de soins est intégré au bilan officiel quotidien depuis début avril.

Ainsi, au 14 avril, 10 129 décès en France ont été enregistrés en milieu hospitalier et 5 600 en Ehpad et autres établissements médico-sociaux.  «En plus des décès survenus à l’hôpital et en institutions, il y a aussi des décès qui surviennent en ville, à domicile, et tous ces décès font l’objet d’une surveillance par l’Insee qu’on appelle de la mortalité toute cause [qui] sera disponible en détail demain», a par ailleurs déclaré le directeur général de la santé Jérôme Salomon au cours de son bilan quotidien du 14 avril.

En France, le ratio décès/million d’habitants est de 241 au 14 avril, pour un bilan de 15 729 décès.

Source