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Des lycéens taclent « l’homme le plus détesté du monde » en recréant son médicament pour 2$

Des étudiants de Sydney (Australie) âgés de 16 à 17 ans se sont alliés avec leurs professeurs pour donner une bonne leçon à celui connu sur internet comme « le pire enfoiré de la planète », Martin Shkreli. L’année dernière, cet ancien magnat de la finance avait défrayé la chronique en faisant passer de 13 dollars à plus de 750 dollars le prix d’un médicament vital — le tout sans préavis et en une journée une seule. Aujourd’hui, la petite équipe d’étudiants a réussi à recréer le fameux médicament, à bas coût, montrant la possibilité de court-circuiter l’ignominie commise par Shkreli.

Recréer une médicament rendu inaccessible

C’est dans le laboratoire de leur lycée de Sydney, en Australie qu’une petite équipe de scientifiques en herbe a réussi à mettre au point la molécule active du médicament Daraprim, utile dans les cas de Malaria ou de HIV. Sous la tutelle de deux professeurs de l’université de Sydney, les élèves ont ainsi travaillé pendant plusieurs semaines afin de recréer la composition de la molécule contenue dans le médicament avant d’en produire quelques grammes, le tout à un prix défiant toute concurrence. Après quelques essais, ils y sont parvenus, mettant au point le médicament rendu hors de prix par le bien nommé « Pharma Bro » pour moins de 2$ (1,50 euros) le comprimé !

L’initiative, encouragée tant par l’école que par les professeurs tuteurs, répond à la polémique qui avait propulsé Martin Shkreli, un ancien hedge fund manager, sur le devant de la scène médiatique internationale. Du jour au lendemain et à la suite de son acquisition de Turing Pharmaceutical, ce dernier avait augmenté le prix du Daraprim de plus de 5 000 %, justifiant un outrage généralisé autour de lui. Très vite, l’homme est devenu la figure la plus détestée des USA et même, certains diront, du monde. Alice Williamson, la docteure en chimie chargée de surveiller l’avancée du projet, dit avoir ressenti le besoin de faire quelque chose par rapport à cette triste affaire :  » Je ne pouvais pas me sortir cette histoire de ma tête, cela me semblait trop injuste. Surtout que la production du médicament est en réalité très peu coûteuse, et qu’il avait été vendu à un prix modique pendant des décennies avant ça.  »

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Grâce à certains brevets en libre accès et à un tutorat réalisé en parallèle d’un effort de recherche en live et en open-source, les élèves ont tôt fait de réaliser ce petit exploit de recomposition, sans gros moyens, décrit par leur mentor comme « un mini Breaking Bad ». Même si dans ce cas-là, on pourrait bien plutôt parler d’un « Breaking Good » car le médicament est particulièrement vital pour nombre de malades.

Des entraves juridiques qui pulvérisent tout espoir d’exportation

L’histoire des petits chimistes australiens a tôt fait de faire la une des sites d’information en ligne, et de s’afficher un peu partout sur les réseaux sociaux. Habitué aux tempêtes médiatiques, Martin Shkreli n’a pas tardé à se saisir de la nouvelle, et à y répondre avec une véhémence qu’on commence à lui connaître. Accusé d’être un « attention seeker » par l’un des lycéens membre de l’équipe, le magnat de l’industrie pharmaceutique a pris les internautes et les médias à parti, réaffirmant qu’il ne se sentait absolument pas menacé et que tous ceux qui se réjouissaient de cette « concurrence » n’avaient aucune idée des barrières juridiques en place. Le jeune homme d’affaire s’attaque ainsi de manière répétée aux étudiants via Twitter avec toute l’arrogance qui le caractérise, estimant qu’une production de plus large échelle est plus couteuse. Pourtant, c’est en réalité l’inverse, l’industrialisation des procédés permettant d’alléger les coûts de production de manière drastique.

https://twitter.com/MartinShkreli/status/804115818275631109?ref_src=twsrc%5Etfw

https://twitter.com/MartinShkreli/status/804407115402113024?ref_src=twsrc%5Etfw

Un point que l’on ne peut pas lui retirer, étant donné que, en effet, le médicament recréé par les jeunes laborantins se heurte à l’impossibilité d’être exporté sur marché américain étant sujet à une réglementation rigide qui défend l’industrie d’une telle concurrence. Étonnant dans une région du monde où la liberté est portée en religion, quand elle profite aux détenteurs de capitaux. Ainsi, alors qu’en Australie, le Daraprim peut être acheté à un prix avoisinant les 13 dollars, aux États-Unis, le médicament est soumis au bon vouloir de l’entreprise qui en détient le monopole, et ce quand bien même la molécule n’est plus assujettie à la norme des brevets. Aux states, comptez 140.000 euros pour un traitement d’une année ! Les lois américaines encouragent dont l’impunité des géants pharmaceutiques, laissant le sort des malades américains au bon vouloir de requins de la trempe d’un Shkreli.