Des sacs bourrés d’argent liquide trouvés au domicile de la vice-présidente du Parlement européen

Cinq personnes ont été arrêtées à Bruxelles, dans le cadre d’une enquête sur des soupçons de corruption par le Qatar au sein du Parlement européen. Des sacs d’argent ont été retrouvés au domicile d’Eva Kaili, vice-présidente du Parlement, qui passera la nuit en cellule.

C’est une véritable bombe qui vient d’exploser en plein cœur de la démocratie européenne. L’enquête ouverte pour des faits de blanchiment et de corruption et menée par l’Office central de répression de la corruption, le parquet fédéral et le juge d’instruction Michel Claise, a connu un important virage, ce vendredi. À l’issue de 16 perquisitions, cinq personnes ont été arrêtées ce vendredi à Bruxelles et deux autres en Italie, autour de soupçons de corruption par le Qatar au sein du Parlement européen. Le parquet fédéral belge a annoncé ces arrestations vers midi, confirmant des informations publiées ce vendredi matin par Le Soir et Knack.

Parmi les personnes interpellées figure la sociale-démocrate grecque Eva Kaili, vice-présidente du Parlement européen. Selon les informations de L’Echo, celle-ci a pu être arrêtée en flagrant délit, la seule manière possible de faire tomber son immunité parlementaire. En effet, après les premières interpellations menées au petit matin et la saisie de 600.000 euros en cash, les enquêteurs ont interpellé le propre père de Mme Kaili, lui aussi en possession d’une valise remplie de billets et en train de se déplacer, après avoir été prévenu par des complices, pensent les enquêteurs.

Par ailleurs, le parti socialiste grec (Pasok-Kinal) a fait savoir samedi qu’il souhaitait qu’Eva Kaili céde son siège au sein du Parlement européen. « Il existe des pressions au sein du parti pour que Mme Kaili cède son siège au parlement européen », précise un membre du parti socialiste grec. « Pour le moment, elle ne souhaite pas céder son siège car elle sait que cela induirait une levée de son immunité parlementaire », poursuit un autre élu grec.

Personnalités stratégiques

À l’issue de cette cinquième interpellation de la journée et de cette nouvelle saisie, le domicile de la vice-présidente du Parlement européen a été perquisitionné. Les fouilles ont permis, toujours selon nos informations, de découvrir plusieurs autres sacs remplis de billets. Le montant total de cet argent liquide n’avait pas encore été établi, ce vendredi soir, à l’heure d’écrire ces lignes.

Plus tôt dans la journée, plusieurs personnes avaient été interpellées, parmi lesquelles l’ex-eurodéputé socialiste italien Pierantonio Panzeri, qui siégea dans cette assemblée de 2004 à 2019, l’un de ses assistants, mais aussi de Luca Visentini, secrétaire général nouvellement élu de la Confédération internationale des syndicats, selon des informations du Soir, confirmées à L’Echo. M. Panzeri, 67 ans, est à la tête d’une association de lutte contre les violations des droits humains (baptisée Fight Impunity). En bref, des personnalités aux « positions stratégiques significatives », selon les termes du parquet fédéral, qui n’a cependant confirmé aucun nom.

Le Qatar en ligne de mire

Au cœur de l’enquête se trouvent les agissements du Qatar, où se déroule en ce moment la Coupe du monde de football, qui est soupçonné d' »influencer les décisions économiques et politiques du Parlement européen, en versant des sommes d’argent conséquentes ou en offrant des cadeaux importants », a souligné le parquet fédéral dans un communiqué. Selon une source proche du dossier, cette distribution d’argent s’inscrit dans une politique globale de l’État qatari visant à déployer en Europe son soft power et pour que des personnes stratégiques valorisent son action en public, alors que son image a été gravement écornée par des polémiques autour de son traitement des travailleurs et des droits humains.

L’enquête a déployé des moyens généralement utilisés pour la répression du grand banditisme dans le cadre feutré du Parlement européen.

L’enquête, débutée l’été dernier, s’est tenue dans une discrétion totale, déployant des moyens généralement utilisés pour la répression du grand banditisme dans le cadre feutré du Parlement européen, à savoir, notamment, des écoutes téléphoniques. Les investigations sont loin d’être achevées, alors qu’une source indique que la justice belge a ouvert « un sacré truc ». La privation de liberté des cinq personnes interpellées à Bruxelles pourrait être prolongée ce samedi matin avant que les suspects soient présentés devant le juge Michel Claise, durant ce week-end, en vue de possibles mandats d’arrêt.

Au cours de l’opération, la police a aussi mis la main sur « du matériel informatique et des téléphones portables » dont les contenus seront analysés. « Cette opération visait en particulier des assistants parlementaires travaillant au sein du Parlement européen », a poursuivi le parquet fédéral.

Négociations sur les visas UE/Qatar

Suite à cette opération, les eurodéputés Verts et socio-démocrates s’opposeront lundi au démarrage de négociations sur une libéralisation des visas pour les Qataris dans l’UE. Réunis à partir de lundi à Strasbourg, les eurodéputés devaient valider l’ouverture de pourparlers entre le Parlement européen et les États membres de l’UE en vue de finaliser un texte facilitant le régime de visas pour les voyageurs du Qatar et du Koweït.

Ce texte, qui a déjà reçu le feu vert des États membres fin juin, prévoit de dispenser de visa les ressortissants du Qatar et du Koweït se rendant dans le bloc européen pour une durée maximale de 90 jours, sous réserve d’un accord de réciprocité avec ces deux pays. Le rapporteur du texte, l’eurodéputé Vert allemand Erik Marquardt, a annoncé qu’il s’opposerait finalement au lancement des pourparlers. Et son groupe politique a suivi.

« Zéro tolérance pour la corruption. Les Verts vont s’opposer lundi au mandat pour démarrer les négociations sur une libéralisation des visas avec le Qatar », a indiqué sur Twitter la co-présidente des eurodéputés Verts Terry Reintke. De son côté, le groupe des socio-démocrates (S&D) réclame « la suspension des travaux sur tous les dossiers et votes concernant les États du Golfe, en particulier sur la libéralisation des visas ».

Source: L’Echo