La Finlande favorable à une adhésion à l’OTAN «sans délai», malgré les mises en garde de Moscou

La demande d’adhésion de la Finlande à l’OTAN devrait être annoncée très prochainement, l’exécutif y étant désormais favorable. Ravi, le secrétaire général de l’Alliance a promis une procédure rapide. De son côté, Moscou réitère ses mises en garde.

«Etre membre de l’OTAN renforcerait la sécurité de la Finlande. En tant que membre de l’OTAN, la Finlande renforcerait l’alliance dans son ensemble. La Finlande doit être candidate à l’adhésion à l’OTAN sans délai» : dans un communiqué commun publié ce 12 mai, le président Sauli Niinistö et la Premier ministre de la Finlande Sanna Marin ont formalisé la volonté d’Helsinki d’intégrer l’alliance Atlantique au plus vite. La Russie a pourtant mis en garde à de nombreuses reprises contre ce scénario qu’elle voit comme une menace.

Une conférence de presse du tandem exécutif sur les «décisions concernant la politique de sécurité de la Finlande» est d’ailleurs prévue dès dimanche 15 mai, ajoute la présidence. «Nous espérons que les étapes nationales encore nécessaires à cette décision seront prises rapidement dans les tout prochains jours», précisent Sauli Niinistö et Sanna Marin. La décision formelle sur l’adhésion doit être prise par un Conseil sur la sécurité et la politique étrangère, réunissant le chef de l’Etat, la Premier ministre et plusieurs autres ministres.

En tout état de cause, le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg, a salué le 12 mai la volonté des dirigeants finlandais et leur a promis un processus d’adhésion rapide : «Il s’agit d’une décision souveraine de la Finlande […] Si la Finlande décidait de postuler, elle serait chaleureusement accueillie au sein de l’OTAN et le processus d’adhésion se déroulerait sans heurts et rapidement.»

Russe pendant plus d’un siècle – principalement lors de la période du grand-duché qui s’est étendu de 1809 à 1917 –, et en conflit avec l’Union soviétique, notamment lors de la «guerre d’Hiver» en 1939-40, la Finlande partage aujourd’hui 1 300 kilomètres de frontières avec la Russie. Soumise à une forme de neutralité durant la Guerre froide, Helsinki avait adhéré à l’Union européenne et au Partenariat pour la Paix de l’OTAN après la chute de l’Union soviétique, mais était restée non membre de l’alliance.

Mais l’opération militaire russe en Ukraine a fait basculer l’opinion publique : 76% de la population serait désormais en faveur de l’adhésion, selon un sondage publié le 9 mai. Une très large majorité des 200 députés au Parlement est acquise à l’idée, avec des opposants tombés autour d’une dizaine, et la plupart des partis y sont désormais favorables. Le parti social-démocrate de Sanna Marin doit prendre position le 14 mai.

Ce qui ne devrait plus donc qu’être une formalité, la commission de la défense du Parlement finlandais ayant conclu le 11 mai que l’OTAN était «la meilleure option» pour la sécurité de la Finlande, en réaction à l’opération militaire russe en Ukraine. Pour le chef de l’Etat finlandais, longtemps un avocat du dialogue Est-Ouest, la Russie ne peut s’en prendre qu’à elle-même de voir son voisin rejoindre l’alliance : «Si nous adhérions [à l’OTAN], ma réponse [à la Russie] serait : « c’est vous qui avez fait cela, regardez-vous dans le miroir ».»

Le président finlandais, qui n’ignore pas que la Russie voit l’élargissement de l’OTAN à ses frontières comme une menace pour son existence, a malgré tout tenté de rassurer son voisin, affirmant qu’adhérer à l’OTAN «ne serait contre personne».

«Assurément» une menace pour la Russie

«L’élargissement de l’OTAN et le rapprochement de l’Alliance de nos frontières ne rend pas le monde et notre continent plus stable et plus sûr», a de son côté réagi le porte-parole Dmitri Peskov, répondant «assurément» à la question de savoir si Moscou considèrerait une adhésion de la Finlande comme une menace.

Le porte parole a également souligné que cela constituerait «une violation directe des obligations juridiques internationales de la Finlande» en vertu du traité de paix de Paris de 1947 qui prévoit l’obligation pour les parties de ne pas conclure d’alliances ou de participer à des coalitions contre l’une d’entre ellesainsi que de l’accord de 1992 entre Moscou et Helsinki. «Cependant, compte tenu de l’indifférence actuelle de l’Occident dans son ensemble à l’égard du droit international, ce comportement est devenu la norme», a-t-il constaté.

Pour Dmitri Peskov, la réponse de la Russie dépendra «des retombées pratiques de ce processus, de l’avancée des infrastructures militaires vers nos frontières». «Tout cela constituera les éléments d’une analyse spécifique pour l’élaboration des mesures nécessaires afin d’équilibrer la situation», a-t-il ajouté, précisant que diverses options étaient «toujours envisagées et analysées».

Si la réponse à venir de la Russie demeure floue, Moscou multiplie les mises en garde depuis des semaines.

Ils ont été informés de tout, de où cela va mener

Le 25 février, la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova avait expliqué qu’une éventuelle adhésion d’Helsinki – ainsi que de Stockholm – à l’Alliance atlantique aurait «de graves répercussions politico-militaires», et que, le cas échéant, Moscou «serait obligé de répondre».

«Etre membre de l’OTAN ne peut renforcer leur sécurité nationale. De facto, [la Finlande et la Suède] seront la première ligne de l’OTAN», avait-elle affirmé le 15 avril. Jugeant que le débat sur l’adhésion à l’OTAN s’était considérablement intensifié du fait d’«une campagne délibérée menée ces dernières années par des forces extérieures pour attirer la Suède et la Finlande dans le bloc de l’OTAN», elle avait mis en garde contre les conséquences de l’abandon d’une position de non-alignement militaire.

Leur intégration à l’Alliance atlantique aboutirait de fait à «une nouvelle ligne de confrontation entre le bloc de l’OTAN et la Russie», ainsi qu’à «des conséquences négatives pour la paix et la stabilité en Europe du nord», avait-t-elle ajouté, notant que ces pays devaient «comprendre les conséquences d’une telle mesure pour nos relations bilatérales et pour l’architecture sécuritaire européenne dans son ensemble».

«Nous avons lancé tous nos avertissements, tant publiquement que par les canaux bilatéraux. Ils sont au courant, il n’y a donc pas de quoi être surpris. Ils ont été informés de tout, de où cela va mener», avait encore prévenu Maria Zakharova le 20 avril.

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