in

La mortalité en réanimation estimée entre 30 et 40% en France: “Du jamais vu”

Il y a quelques jours, le gouvernement français annonçait un taux de mortalité en service de réanimation d’environ 10 % à cause du coronavirus. Selon une étude révélée par Le Monde, ce taux serait finalement compris entre 30 et 40%. Du jamais-vu.

Le 17 avril dernier, Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, indiquait qu’un taux de mortalité d’environ 10% était constaté en service de réanimation pour les patients infectés par le Covid-19. Ce chiffre avait tout de suite créé une petite polémique: beaucoup de spécialistes avaient fait savoir qu’il était très sous-estimé.

Un chiffre “énorme”

Effectivement, les données très sérieuses du Réseau européen de ventilation artificielle (REVA), révélées par Le Monde ce lundi, indiquent que ce taux serait en fait compris entre 30 et 40 %, soit trois à quatre fois plus important que celui annoncé par le gouvernement. Le REVA a vu le jour en 2009 lors de la grippe H1N1. Il constitue le registre national des formes graves en réanimation en France. Depuis le coronavirus, le réseau est passé de 70 à environ 200 centres de réanimation.

Le taux indiqué par REVA, confirmé par plusieurs médecins, est “énorme”, commente Matthieu Schmidt, médecin réanimateur à la Pitié-Salpétrière, à Paris, et coordinateur du Reva, interrogé par Le Monde. “Il y a encore des données à analyser en provenance de certains centres pour affiner ce chiffre, mais on sera sur cette tendance, représentative de l’ensemble des réanimations de France”, poursuit-il.

Pourquoi cette confusion du gouvernement?

Le spécialiste ne s’attendait pas à récolter de tels chiffres en lançant l’étude. “On n’a jamais vu de tels taux de mortalité. Avec le H1N1, même avec les formes les plus graves, on était à 25 %”, s’étonne-t-il. Selon lui, ce chiffre s’explique par la gravité et le caractère protéiforme de la maladie. “On n’est pas seulement sur une pneumonie, sur une simple défaillance des organes pulmonaires, mais sur une pathologie grave qui a aussi une grande composante inflammatoire, vasculaire ou qui peut également atteindre les reins”, analyse Matthieu Schmidt.

Alors pourquoi les estimations du ministère de la Santé étaient-elles si basses? Le Monde avance qu’elles reposaient sur un échantillon pas forcément représentatif. Jérôme Salomon aurait fondé son constat sur le point épidémiologique de Santé publique France du 16 avril, selon lequel 291 patients seraient morts sur les 2.806 présents dans les 144 services de réanimation du 16 mars au 12 avril.

Effectivement, le taux est alors de 10,37%. Mais à cet instant T, seuls 55 % de ces patients avaient fait l’objet d’une ventilation invasive, contre 80 % dans l’ensemble du groupe étudié par le Reva.