Bernard Kron : »Il n’y a pas de saturation en réanimation, le chiffre de 110% est faux ! »


Hier matin, le Docteur Bernard Kron, membre de l’académie de chirurgie, était l’invité de Jean-Marc Morandini sur CNews et Non Stop People. Sur le plateau, il est revenu sur la situation sanitaire et notamment sur les occupations en réanimation en Ile-de-France qui sont, selon des spécialistes, au bord de la rupture.

« Ce n’est pas tout à fait la vérité, car j’ai toujours connu des services de réanimation pleins depuis toujours. La réanimation, c’est le meilleur endroit pour surveiller quelqu’un quand il y a un risque (…) On met les gens en réanimation parce qu’il y a de la place. Il faut savoir qu’actuellement le chiffre de 110% de saturation est faux ! J’ai le rapport de l’Ile-de-France d’hier. Le taux – si on inclut les service de soins intensifs – est de 51%.« , a affirmé le chirurgien en direct.

Et de donner plus de détails : « Sur les 51%, il y a la moitié qui sont les soins courants (infarctus, intervention lourde). Il reste donc 25% pour les patients Covid. Et, dans ces 25%, il y en aurait un peu moins de la moitié qui ne seraient pas intubés et ventilés. Ils pourraient être dans des services où il y a de l’oxygénothérapie pour pouvoir avoir une surveillance attentive ».

« Pour ça, il faudrait ouvrir des lits. Il y a deux hôpitaux où ça pourrait être fait : à l’Hôtel-Dieu et le Val-de-Grâce, qui a été fermé. Un patient sous oxygène, c’est assez facile à surveiller avec un oxymètre qui se met au bout du doigt. Lui faire un scanner pour voir s’il a une atteinte respiratoire, le mettre si ça s’aggrave aux anticoagulants », a conclu Bernard Kron.

POURQUOI C’EST TROMPEUR

La limite du décompte des malades et des lits en réanimation

Il y avait un peu plus de 4 600 malades du Covid-19 en « réanimation » au 23 mars, selon SPF. Cela représente un troisième pic déjà comparable à celui de novembre 2020.

A partir de ce chiffre, le gouvernement français met en avant, par exemple dans l’application #TousAntiCovid, un indicateur intitulé « tension en réanimation », lequel s’établissait à 91,6 % au 23 mars. On ne peut pas réellement dire que 91,6 % des lits de réanimation sont actuellement occupés en France, pour plusieurs raisons, que nous détaillions en novembre 2020.

D’abord, ce calcul est réalisé à partir de la capacité initiale de lits de réanimation (avant la pandémie), qui était d’environ 5 000 places. Or le nombre de lits peut fluctuer en fonction des besoins. Jusqu’à 10 500 places avaient été dégagées au printemps 2020, selon le gouvernement.

Ensuite, et c’est le plus important, sont comptés en « réanimation » des patients qui sont « en unités de soins intensifs et en unités de surveillance continue », comme le précise SPF dans la notice de ses points épidémiologiques hebdomadaires.

L’organisme, qui a récemment fait évoluer sa nomenclature, évoque désormais des patients en « soins critiques ». Il donne aussi des précisions sur l’endroit où se trouvent ces malades du Covid-19. Au 16 mars, « parmi les 4 260 patients en services de soins critiques, 3 256 étaient en services de réanimation et 1 004 dans d’autres services de soins critiques (soins intensifs ou soins continus) », détaille le point épidémiologique de SPF du 18 mars. Plus des trois quarts des patients se trouvent tout de même en réanimation au sens strict.

Les 13 000 lits supplémentaires ne sont pas tous mobilisables

Si le calcul de la « tension des réanimations » est effectivement imparfait, le raisonnement de Fabrice Di Vizio l’est également, à d’autres niveaux. Tout d’abord, il laisse entendre que les « 13 000 lits de soins intensifs et surveillance continue » que comptent les hôpitaux français sont aisément mobilisables pour accueillir les patients atteints de forme grave du Covid-19. Or, c’est faux, pour des raisons médicales et logistiques. Les malades du Covid-19 font l’objet d’une surveillance particulière et sont souvent regroupés dans les hôpitaux, pour limiter les risques de diffusion du virus. Il n’est donc pas possible de les répartir au sein de différents services.

Ensuite, le raisonnement laisse penser que la situation serait soutenable tant qu’il reste des lits pour des patients contaminés par le SARS-CoV-2. Or, des personnes atteintes d’autres pathologies doivent pouvoir être admises en réanimation. Il peut aussi être utile de disposer de places libres en cas de catastrophe impliquant des dizaines de blessés graves (accident, attentat, etc.). Un service entièrement rempli constitue donc un risque.

De même, la transformation ponctuelle de lits en places de réanimation face aux pics de Covid-19 se décide au détriment d’autres interventions médicales, ce qui a un coût humain que l’on peut évaluer en « pertes de chances » pour d’autres patients. Pour toutes ces raisons, la plupart des médecins qui se trouvent en première ligne pour lutter contre l’épidémie s’alarment de la situation actuelle.

Source : Les décodeurs


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