Le compte à rebours a commencé pour l’offensive russe en Ukraine

par M.K. Bhadrakumar 

Une étude de psychologie expérimentale menée par la Harvard Business School sur la tendance des gens à «tirer sur le messager» a abouti à une conclusion surprenante : ce comportement humain découle en partie du désir de donner un sens à des processus aléatoires.

En d’autres termes, le fait de recevoir de mauvaises nouvelles active le désir de donner du sens et, en retour, l’activation de ce désir renforce la tendance à ne pas aimer les porteurs de mauvaises nouvelles.

Dans le tumulte actuel autour de la guerre en Ukraine, le président français Emmanuel Macron et le ministre britannique des affaires étrangères David Cameron correspondent à la description de messagers aux motivations malveillantes – Macron ne cesse de répéter son idée favorite d’un déploiement de combat par les pays européens en Ukraine et Cameron plaide pour l’escalade du théâtre de la guerre vers le territoire russe.

Moscou n’a pas apprécié ces deux porteurs de mauvaises nouvelles. Mais s’il fallait une preuve supplémentaire, le conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Jake Sullivan, a donné une vue d’ensemble lors du FT Weekend Festival à Washington samedi dernier en exprimant l’espoir que Kiev aurait la capacité de «tenir la ligne» au cours de cette année, et s’attend à ce que l’armée ukrainienne organise une nouvelle contre-offensive en 2025.

Sullivan n’exclut pas «des avancées russes dans la période à venir» sur le champ de bataille, car «on ne peut pas instantanément inverser la situation», mais il insiste sur le fait que l’Ukraine a l’intention «d’aller de l’avant pour reconquérir le territoire que les Russes lui ont pris».

Le FT a ajouté une petite mise en garde : «Ses commentaires [de Sullivan] sur une éventuelle contre-offensive de l’Ukraine représentent l’expression la plus claire de la Maison Blanche sur la façon dont elle envisage l’évolution du conflit si le président Joe Biden est réélu en novembre». En l’état actuel des choses, il s’agit d’un grand «si», n’est-ce pas ?

Entre-temps, Bloomberg rapportait, le 3 mai, que les États-Unis «mènent des discussions entre les nations du G7 pour élaborer un programme d’aide militaire à l’Ukraine d’une valeur maximale de 50 milliards de dollars», qui serait «financé par les bénéfices générés par les intérêts accumulés sur les avoirs russes gelés».

Les États-Unis estiment que les avoirs russes, estimés à environ 400 milliards de dollars, y compris les avoirs des oligarques, principalement détenus par les pays de l’UE, généreront des bénéfices exceptionnels chaque année, ce qui permettra les remboursements lorsque les alliés occidentaux fourniront des fonds d’aide supplémentaires à l’Ukraine.

Le mois dernier, le Congrès américain a adopté une loi connue sous le nom de «REPO Act», qui permet à l’administration de saisir les actifs russes détenus dans les banques américaines et de les transférer à l’Ukraine. Moscou a averti à plusieurs reprises qu’elle pourrait abaisser le niveau de ses relations diplomatiques avec les États-Unis si Washington saisissait des actifs russes.

Compte tenu de toutes ces mesures hostiles prises par l’Occident, le prochain exercice militaire russe organisé pour s’entraîner à l’utilisation d’armes nucléaires non stratégiques est tout sauf une réaction instinctive à certaines remarques incendiaires de Macron et Cameron.

L’ambassadeur russe aux États-Unis, Anatoly Antonov, a qualifié l’activité d’entraînement de «mesure forcée en réponse à la politique arrogante et agressive de l’«Occident collectif»… «les stratèges déséquilibrés de Washington et leurs satellites en Europe doivent comprendre que, dans l’escalade des enjeux qu’ils provoquent, la Russie utilisera tous les moyens pour protéger sa souveraineté et son intégrité territoriale. L’Occident ne pourra pas jouer le jeu de l’escalade unilatérale».

La déclaration du ministère russe des Affaires étrangères du 6 mai à cet égard a mis l’accent sur l’intention des États-Unis d’infliger une «défaite stratégique» à la Russie et a annoncé une réponse appropriée en termes d’accélération de la modernisation et de la fabrication de missiles à portée intermédiaire et à plus courte portée et la fin du «moratoire unilatéral» de Moscou sur le déploiement de ces systèmes d’armes, ainsi que le déploiement futur de ces systèmes d’armes «à notre discrétion». La déclaration considère le transfert de F-16 à l’Ukraine comme une provocation délibérée, car il s’agit d’un avion à «double capacité» qui peut transporter à la fois des armes conventionnelles et nucléaires.

Elle souligne que Moscou a pris «une note particulière des modèles de missiles ATACMS fabriqués aux États-Unis, qui ont été récemment envoyés en Ukraine et qui sont capables d’atteindre des cibles à l’intérieur de la Russie».

La déclaration conclut que le prochain exercice d’entraînement enverra «un signal qui donne à réfléchir» – aux États-Unis et à leurs alliés que leurs actions hostiles «rapprochent de plus en plus la situation d’un point de basculement explosif».

Le cœur du problème est que les États-Unis et leurs partenaires du G7 sont en mode panique. Ils ne sont pas convaincus de la capacité de l’Ukraine à perturber l’élan d’une offensive russe majeure, largement attendue pour l’été. Il existe même un sombre pressentiment selon lequel l’armée ukrainienne pourrait tout simplement plier bagage dans les mois à venir.

Le ministre de la Défense, Sergey Shoigu, a déclaré la semaine dernière que les forces russes contrôlaient parfaitement la situation sur le champ de bataille et qu’elles progressaient régulièrement sur la ligne de front. Selon Shoigu, les pertes militaires de Kiev se sont élevées à 111 000 personnes au cours des quatre premiers mois de l’année.

En réalité, les faits sur le terrain suggèrent que les remarques de Macron et Cameron relèvent davantage de l’hyperbole de deux gouvernements assiégés qui voient la défaite imminente de leur politique à l’égard de l’Ukraine.

L’éminent analyste militaire suisse, le colonel Alexander Votraver, qui est également chef d’état-major adjoint du chef de l’état-major militaire et stratégique de l’armée suisse et rédacteur en chef de la prestigieuse Revue militaire suisse (RMS+), a mis les choses en perspective en s’exprimant sur la chaîne de télévision française : «La question doit être posée : l’armée française est-elle suffisamment équipée en termes d’entraînement et d’armes modernes pour contribuer à des opérations offensives contre un ennemi de taille supérieure ?»

«Les forces que nous pourrions déplacer sont deux brigades de 5 000 à 6 000 soldats, avec une durée de déploiement de 1 à 3 mois au maximum. Mais si nous parlons d’un plus long terme, comme c’est évidemment le cas en Ukraine, il ne s’agit que de deux bataillons, qui se trouvent aujourd’hui dans les États baltes et en Roumanie. La mauvaise nouvelle, c’est que ces forces sont absolument insuffisantes pour affronter une armée russe forte d’un demi-million d’hommes».

Moscou ne sait-elle pas déjà ce que le colonel suisse a mis à nu avec une franchise brutale ? Quant à Cameron, sa remarque belliqueuse inhabituelle sur le fait de porter la guerre en Russie était apparemment un coup de pub chorégraphié par Downing Street, le Foreign Office et Reuters à l’approche de la cérémonie d’investiture de Poutine au Kremlin le 7 mai et alors même que les résultats des élections locales en Grande-Bretagne tombaient en masse, infligeant une défaite historique au parti conservateur, qui, à l’approche des élections générales, est perçu à travers un prisme national.

Après que la porte-parole du ministère des affaires étrangères à Moscou, Maria Zakharova, a déclaré à Tass que la Russie avait le droit de frapper les installations britanniques en Ukraine ou ailleurs si les menaces de Londres concernant des attaques ukrainiennes avec des armes britanniques sur le territoire russe se concrétisaient, le gouvernement de Sa Majesté a réagi en expulsant l’attaché de défense russe, en imposant de nouvelles restrictions sur les visas diplomatiques russes et en retirant le statut diplomatique à certaines propriétés russes !

Mais le ministre de l’intérieur James Cleverly a annoncé au parlement que le Royaume-Uni cherchait à «s’assurer que nous protégions notre capacité à avoir des lignes de communication avec la Russie, même en ces temps les plus difficiles, les voies de désescalade, d’évitement des erreurs et des mauvais calculs sont vraiment importantes». Quelle humiliante retraite !

Le ministère russe de la défense a annoncé mercredi des gains militaires dans la région de Kharkov, ce qui laisse présager des changements sur le champ de bataille en Ukraine, où Moscou se concentre.

RT a commenté que «ce développement signale apparemment une intensification des combats sur l’axe de Kharkov, où la ligne de front… est restée largement statique pendant des mois». Le compte à rebours final pour l’offensive d’été russe semble avoir commencé.

M.K. Bhadrakumar 

source Indian Punchline

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour Le Saker Francophone.

1 Comments

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  1. Au lieu de laisser dès le départ le problème se régler entre l’ OTAN, l’ Ukraine et les Russes, il a fallu qu’on s’en mêle … la mouche du coche qui se mêle de tout et qui ne règle rien, il aggrave plutôt les problèmes sans jamais leur trouver de solutions … une mouche à merde qui va nous mettre en plein dans un conflit qui ne nous concerne en RIEN … vu l’état désastreux dans lequel il a mis ce pays depuis son premier mandat … ça va nous achever … pour peut être mieux repartir à zéro dans de meilleures conditions … mais que de dégâts en perspective …

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