Pour la ministre autrichienne de la Défense, le black-out en Europe est juste une question de temps

Pour la ministre autrichienne de la Défense, un black-out est inévitable en Europe. Dans une interview accordée au quotidien allemand le 29 décembre, Die Welt, Klaudia Tanner a estimé que « la question n’est pas de savoir si le black-out surviendra mais quand est-ce qu’il surviendra ». La faute à la guerre en Ukraine, dont elle ignore « si elle verra un jour un vainqueur »

Tanner juge que les pays européens pourraient faire face à des pannes de plusieurs jours. Un “tiers des citoyens” du Vieux Continent se retrouveront “incapables de se prendre en charge” au bout du quatrième jour. La ministre autrichienne soutient que la probabilité que cette panne survienne est très élevée…

“Pour Poutine, les attaques contre le réseau occidental d’énergie est un outil de guerre hybride. Nous ne devons pas prétendre qu’il s’agit là d’une théorie. Nous devons nous préparer à des black-out en Autriche ainsi qu’en Europe”, a-t-elle ajouté le 27 décembre.

En Autriche, la possibilité est prise très au sérieux depuis plusieurs années. “Dès 2020, nous avons systématiquement commencé à sensibiliser les Autrichiens au black-out. Aujourd’hui, le sujet est dans l’esprit de la plupart des gens”, a-t-elle fait savoir. La tâche incombe au ministère de l’Intérieur autrichien mais également aux forces armées, à la police, aux pompiers, aux organisations de protection civile et aux militaires qui organisent “régulièrement des exercices conjoints, impliquant parfois des écoles”, poursuit-elle.

“Une guerre d’usure” 

Klaudia Tanner affirme que les Autrichiens reçoivent “partout dans les lieux publics des petites brochures qui contiennent des conseils sur la conduite à tenir en cas de panne de courant (…) Nous faisons des campagnes d’affichage, nous avons publié un livre de cuisine adapté à une panne d’électricité et nous avons organisé un grand événement d’infodivertissement au cours duquel une panne de courant a été simulée… Je sais qu’il y a une mince frontière entre sensibiliser avec un sens des proportions et attiser les peurs. Mais je pense que nous avons plutôt bien réussi jusqu’à présent”, estime-t-elle.

Après avoir expliqué la manière avec laquelle l’armée autrichienne se prépare à son tour à des crises de black-out, elle évoque la guerre en Ukraine. “C’est devenu une guerre d’usure, qui est menée avec une grande intensité et des pertes élevées des deux côtés”. Elle mise sur une “diminution” des opérations en hiver et “les deux camps se préparent actuellement à une nouvelle offensive au printemps”. 

La ministre de la Défense autrichienne a révélé qu’elle partageait l’avis du chef d’état-major américain, Mark Milley, selon qui “l’Ukraine ne peut pas gagner la guerre, c’est-à-dire reconquérir toutes ses régions, y compris la Crimée, dans un avenir proche”“Il est important que l’Occident continue de soutenir l’Ukraine de toutes ses forces (…) Sans le soutien occidental, l’Ukraine serait perdue ». Rappelant que “la puissance de combat de l’Ukraine a, certes, été sous-estimée”, elle souligne que “Moscou dispose d’énormes réserves de matériel et de soldats”.

“Il n’est pas clair s’il y aura un jour un vainqueur”

Une guerre dont elle ne voit pas l’issue. “Il n’est pas clair s’il y aura un jour un vainqueur dans cette guerre” : Klaudia Tanner plaide dans son interview pour des négociations. Elle a appelé la communauté internationale à se concentrer davantage sur la diplomatie pour mettre fin à la guerre. “Il est important qu’il y ait des pourparlers en arrière-plan et que l’accent soit de plus en plus mis sur la diplomatie”, a-t-elle déclaré.

L’Occident, qui soutient l’Ukraine militairement et financièrement depuis des mois, “doit travailler avec Kiev pour savoir quand il faut entamer des négociations”.  

Le recours à la diplomatie pour mettre fin à ce conflit est de plus en plus sollicité. Selon un sondage de l’IFOP et le JDD, plus des deux tiers des Français sont favorables à une résolution diplomatique de la guerre en Ukraine.

Source F-S