Théorie du complot : Je pense donc je suis… complotiste ?

Trop, c’est trop ! En février 2016, le gouvernement a lancé un mot d’ordre officiel : réagir face aux « théories du complot ». Loin d’être anodine, la formule masque un piège sémantique propice aux jugements péremploires et aux stigmatisations qui gangrènent les débats. La lutte contre la « théorie du complot » a engendré, malgré elle, la théorie sur la « théorie du complot ». La chasse aux sorcières s’étend maintenant sur Twitter ou sur Facebook. Des journalistes ou des lanceurs d’alerte se voient taxés de complotisme. Mais pour la psychologue Ariane Bilheran, la défiance des citoyens à l’égard des « thèses officielles » est un signe de santé mentale, de discernement. Et les paranoïaques ne sont pas uniquement ceux que l’on croit…

Pour réduire le coût cognitif et gagner du temps, pour aller toujours plus vite dans les certitudes et les croyances, certains intellectuels ont eu beau jeu d’utiliser des mots-valises assez dangereux. Le terme de « complotiste » non seulement ne véhicule aucune argumentation constructive, mais risque de renforcer l’adversaire dans ses positions. Le terrain des idées a cédé la place aux slogans en tout genre. Si bien que dans les deux camps, les anathèmes fusent : les « anticomplotistes » deviennent des « chiens de garde » du système. À leur tour, les « complotistes » deviennent des « fascistes ». Tous ces processus cognitifs aboutissent finalement à des antagonismes irréversibles…

source : Nexus